Réservé à l’occasion depuis quarante-cinq ans, sans autofocus ni automatismes, le Fujica ST 605N ne devient un achat sensé que si l’exemplaire conserve une cellule TTL fiable, des joints mousses refaits et un obturateur régulier entre 1 s et 1/700 s, à un prix cohérent face aux autres reflex M42 du marché.
Ce boîtier sort de la seconde moitié des années 70, à une époque où Fujica produisait une famille de reflex tout mécaniques en monture M42, et le 605N en marque l’évolution la plus accessible, avec l’affichage des vitesses désormais visible dans le viseur. Aucun stock neuf ne circule plus depuis longtemps : on le croise sur Leboncoin, sur Vinted ou chez quelques boutiques européennes spécialisées, à des prix qui oscillent entre une trentaine et environ 150 euros selon l’état et la présence d’un objectif.
Sur le papier, le ST 605N a de vrais atouts pour qui veut découvrir l’argentique de manière posée. Sa monture M42 ouvre l’accès à un parc optique pléthorique et économique, des Fujinon d’origine aux Takumar et autres focales tierces. Sa cellule TTL au silicium accepte des piles boutons modernes en 1,5 V, et l’obturateur mécanique fonctionne intégralement sans alimentation, le posemètre étant la seule fonction électronique du boîtier.
À l’inverse, il faut accepter ce que cela implique. Pas de mode automatique, pas d’autofocus, pas de mesure modernisée : la cellule fonctionne en stop-down (mesure à diaphragme fermé), ce qui assombrit la visée au moment de l’exposition. Plusieurs exemplaires en circulation présentent des joints mousses fatigués, des cellules dont la précision dérive et des obturateurs qui demanderaient une révision. Aucun SAV constructeur n’existe pour ce boîtier.
Le verdict tient en peu de mots : un boîtier d’initiation défendable à condition de tomber sur un exemplaire sain, à un prix qui reste cohérent avec les autres reflex M42 d’occasion. Sur ces critères, les retours publiés par les blogs argentiques et la communauté convergent — c’est cette synthèse documentaire que cette page restitue, sans simuler un test terrain qui n’a pas eu lieu.
Le Fujica ST 605N en bref : reflex M42 mécanique des années 70
Contexte de la série Fujica ST et place du 605N
Fujica, marque photo de Fuji Photo Film Co., a produit pendant les années 60 et 70 une lignée de reflex 35 mm M42 baptisée série ST. Le ST 701 en pose les bases au début des années 70 ; la lignée évolue vers des modèles plus accessibles, les ST 605 et ST 705, pensés pour ouvrir le reflex argentique à un public plus large que les professionnels équipés en Nikon F ou Pentax Spotmatic. Le ST 605N s’inscrit dans cette logique, avec un détail qui le distingue : l’affichage des vitesses sélectionnées s’effectue directement dans le viseur.
Différences entre Fujica ST 605 et ST 605N
Les deux modèles sont des reflex M42 tout manuels au comportement très proche. Sur le 605, la vitesse se lit sur la molette du dessus ; sur le 605N, elle apparaît dans le champ de visée, à côté de l’aiguille du posemètre. Le reste — obturateur, miroir, cellule au silicium, monture — relève des mêmes composants. Le 605N est un peu plus recherché pour cette commodité, sans que l’écart justifie un sacrifice sur l’état général.
Caractéristiques techniques (synthèse documentaire)
Monture M42 et compatibilité optiques

La monture M42 à vis (42 mm de diamètre, pas de 1 mm) est la grande force du boîtier en 2026. Conçue par Praktica dans les années 50 et adoptée par Pentax, Fujica, Mamiya, Yashica, Zenit, Cosina et de nombreux tiers, c’est l’une des montures les plus répandues de la photo argentique. Les Fujinon d’origine restent abordables, et le parc Takumar de chez Asahi Pentax est compatible sans adaptateur. La majorité des objectifs M42 sont des focales fixes manuelles : pas d’autofocus, pas de communication EXIF. Le diaphragme se ferme à la main avant la mesure de cellule — précisément le contexte qui rend la prise de vue formatrice.
Cellule TTL stop-down, plage ASA 25 à 3200, piles modernes

La mesure TTL au silicium se lit à diaphragme fermé : on ferme manuellement l’iris pour activer la lecture, puis on ajuste vitesse ou ouverture jusqu’à centrer l’aiguille du galvanomètre dans le viseur. La plage ASA 25 à 3200 couvre tous les films courants. Alimentation par deux piles boutons LR44 ou SR44, faciles à trouver en supermarché.
Obturateur mécanique 1/2 s à 1/700 s + B, fonctionnement sans pile
L’obturateur à rideaux caoutchoutés est entièrement mécanique. Sans pile, seul le posemètre s’éteint : le boîtier reste utilisable au jugé ou avec un posemètre externe. Pour qui veut un appareil de secours mécanique fiable, c’est un point qui pèse face à des boîtiers électroniques contemporains devenus inertes sans alimentation.
Ergonomie, viseur, mise au point manuelle

Le viseur affiche un dépoli classique avec stigmomètre central et couronne de microprismes, complété par l’aiguille de cellule et la vitesse choisie. On tourne la bague de mise au point jusqu’à ce que les deux moitiés du stigmomètre s’alignent : rapide en pleine lumière, plus exigeant en basse lumière. Construction métallique, déclencheur acceptant un déclencheur souple pour la pose B sur trépied.
Ce que les retours publiés disent du ST 605N
Synthèse des reviews (Schneidan, L’Atelier de JP, filmphotography.eu)
Plusieurs blogs spécialisés ont consacré un article au ST 605N. Le ton est convergent : un reflex modeste, sérieusement construit, qui produit de bonnes images dès qu’on accepte sa nature tout-manuelle.
Sur Schneidan, Daniel J. Schneider décrit un petit reflex simple, sérieusement construit, avec un obturateur mécanique fonctionnel jusqu’au 1/700 s.
La fiche de 35mm-compact.com insiste sur le fonctionnement sans pile et la mesure TTL stop-down. L’Atelier de JP met en avant la simplicité du tout-manuel et la latitude offerte par le parc M42. Le guide de filmphotography.eu confirme cette lecture. La chaîne Before Digital propose une vidéo qui montre le boîtier en main et le bruit caractéristique de son obturateur (en anglais) :
Retours communauté forums
Sur les forums (35mm-compact, Chassimages, Reddit r/AnalogCommunity), les retours convergent : boîtier jugé robuste pour son âge, acceptation des piles boutons 1,5 V modernes, choix raisonnable pour s’initier à l’argentique avec un budget contraint.
Dans sa review du ST 605 — modèle voisin —, Alex Luyckx parle d’un boîtier discret produisant de bonnes images pour un coût modéré, un constat applicable au 605N dont l’architecture est très proche.
Ces témoignages sont à prendre pour ce qu’ils sont : des avis non contrôlés, cohérents sur les points pratiques. Ils ne remplacent pas un examen physique de l’exemplaire visé.
Acheter un Fujica ST 605N d’occasion : les points à vérifier

Le marché du ST 605N est exclusivement d’occasion, sans garantie constructeur. La qualité de l’exemplaire compte donc bien plus que la fiche technique générale.
État de la cellule TTL et du posemètre
Insérez deux piles 1,5 V LR44/SR44 neuves. Pointez vers une scène d’éclairage stable et observez l’aiguille dans le viseur. Faites varier vitesse et ouverture : l’aiguille doit se déplacer de manière proportionnée. Comparez la lecture à celle d’un posemètre externe ou d’une application smartphone. Une dérive d’un demi-diaphragme reste corrigeable ; au-delà, la cellule est imprécise et l’usage devient pénible.
Joints mousses, miroir, dépoli
Ouvrez le dos et regardez les joints mousses qui entourent la chambre. Sur un exemplaire d’origine, ils sont souvent fatigués, gluants ou désagrégés, créant des fuites de lumière sur les négatifs. Une réfection est faisable soi-même avec du joint mousse photo vendu en ligne, à anticiper. Inspectez le miroir (pas de fongus, pas de rayure) et le dépoli.
Obturateur : test à toutes les vitesses
Le contrôle le plus discriminant. Armez et déclenchez successivement à chaque vitesse : 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500, 1/700 s. Aux vitesses lentes, écoutez la régularité du mécanisme. Aux vitesses rapides, dos ouvert face à une source de lumière, vérifiez que toute la fenêtre s’éclaire — sinon le rideau traîne et la photo sera sous-exposée d’un côté.
Présence d’un objectif M42 cohérent
Beaucoup d’annonces incluent un Fujinon 55 mm f/2.2 ou 50 mm f/1.8, voire un Takumar. Vérifiez le diaphragme (lamelles propres), la fluidité de la bague de mise au point, l’absence de fongus. Un kit boîtier + objectif sain à 80-100 € vaut mieux qu’un boîtier nu à 50 € s’il faut ensuite acheter une optique séparée.
Récapitulatif des contrôles essentiels
Pour quel type de photographe ce boîtier fait-il encore sens en 2026 ?

Profils pertinents
Trois profils tirent un bénéfice net de ce reflex. Le photographe amateur méthodique qui veut apprendre l’exposition en confrontant cellule, vitesse et ouverture, sans le filet d’un mode automatique. Le débutant en argentique au budget contraint qui préfère un reflex à monture interchangeable : à budget équivalent, le ST 605N ouvre un horizon d’apprentissage plus large qu’un compact argentique d’initiation en plastique. Le possesseur d’optiques M42 héritées qui cherche un boîtier hôte économique pour exploiter son parc.
Profils à écarter
Plusieurs usages sont mal couverts par ce boîtier. Pour suivre un sujet rapide en autofocus, un reflex argentique débutant à autofocus sera plus adapté. Pour une mesure d’exposition matricielle ou des modes priorité, mieux vaut regarder un reflex argentique des années 90. Pour une garantie constructeur active, il faut chercher du neuf, par exemple un argentique demi-format moderne.
Pour qui le ST 605N est pertinent
Alternatives M42 et reflex argentiques voisins
Autres Fujica ST (605, 705)
Si vous tombez sur un Fujica ST 605 (sans le N) en meilleur état et à un prix plus bas, prenez-le : le comportement mécanique est quasi identique, seul l’affichage des vitesses change. Le Fujica ST 705 ajoute un obturateur jusqu’au 1/1500 s. Un peu plus coté en occasion mais dans la même famille de prix.
Autres reflex M42 d’entrée de gamme
Le marché M42 d’occasion regorge d’alternatives. Le Pentax Spotmatic (et son SP F) reste la référence la plus connue, avec une cellule CdS et une construction réputée robuste. Praktica a produit toute une lignée abordable (LB, MTL3, MTL5). Yashica et Cosina ont également proposé des reflex M42 simples. Vue d’ensemble dans notre sélection de reflex argentiques à petit budget.
Reflex argentique plus récent
Si le tout-manuel vous freine, les décennies suivantes offrent des reflex plus accessibles. Un reflex argentique pro comme le Nikon F100 offre autofocus, modes priorité et mesure matricielle, à un prix plus élevé. Le dernier reflex argentique pro Nikon reste le sommet. Pour hésiter entre reflex M42 et compact moderne, notre panorama des argentiques compacts aide à clarifier le choix.
Fujica ST 605N
Reflex M42 tout manuel des années 70. Cellule TTL stop-down, obturateur 1/2 s à 1/700 s. Occasion uniquement, 35-150 € selon état. Sans SAV constructeur. Pour apprentissage posé.
Pentax Spotmatic SP F
Référence M42 des années 70, cellule CdS, construction renommée. Prix d’occasion généralement plus élevé. Cote plus marquée auprès des collectionneurs. Pour qui privilégie la notoriété.
Où trouver un Fujica ST 605N (ou un substitut) ?

Le ST 605N circule presque exclusivement sur trois canaux. Leboncoin reste le terrain principal pour la France, avec des annonces de 70 à 150 € selon l’état et la présence d’un objectif — possibilité de voir l’exemplaire en main si la vente se fait en local. Vinted propose des prix parfois plus bas (35-40 € pour un boîtier seul) mais sans inspection physique. Les boutiques européennes spécialisées (Kamerastore, eBay vendeurs réputés) appliquent des prix plus élevés en échange d’un test. Privilégiez les vendeurs qui acceptent une démonstration ou décrivent précisément l’état mécanique, photos détaillées de l’obturateur dos ouvert et du compartiment piles à l’appui.
À noter sur l’achat en ligne
Le ST 605N n’est plus commercialisé neuf et les fiches Amazon pour ce modèle sont rares. Le lien produit ci-dessus pointe vers un substitut équivalent à confirmer auprès du revendeur. Pour le boîtier lui-même, les marketplaces dédiées à l’occasion restent la voie la plus fiable.
FAQ — questions fréquentes sur le Fujica ST 605N
Quelles piles pour la cellule du Fujica ST 605N ?
Deux piles boutons 1,5 V de type LR44 alcalines ou SR44 oxyde d’argent. Disponibles partout (buralistes, supermarchés, magasins photo), contrairement aux anciennes piles mercure utilisées par certains reflex contemporains. Elles n’alimentent que la cellule TTL.
Le Fujica ST 605N fonctionne-t-il sans pile ?
Oui, intégralement. Obturateur, armement, déclenchement, mise au point et avancement du film sont tous mécaniques. Sans pile, seule la cellule TTL ne fonctionne plus : on travaille à l’estime, avec une application smartphone ou un posemètre externe.
Différence entre ST 605 et ST 605N ?
Les deux boîtiers partagent la même architecture mécanique, la même monture M42, la même cellule TTL et la même plage de vitesses. La version N ajoute l’affichage des vitesses sélectionnées dans le viseur. Sur le 605, cette information se lit uniquement sur la molette du dessus.
Quelles optiques M42 monter en priorité ?
Les Fujinon d’origine en 50 mm f/1.8 ou 55 mm f/2.2 restent les compagnons les plus naturels et économiques. Les Super-Multi-Coated Takumar 50 mm f/1.4 et 55 mm f/1.8 sont réputés pour leur traitement et leur piqué. Pour un grand-angle abordable, un Helios 44-2 en 58 mm f/2 ou un Carl Zeiss Jena Flektogon 35 mm f/2.8 ouvrent rapidement le champ.
Le ST 605N est-il un bon choix pour débuter en argentique ?
Pour qui veut apprendre l’exposition de manière posée, sans automatismes, oui — à condition de trouver un exemplaire sain. Le boîtier est cohérent, sa monture M42 donne accès à un parc optique étendu et économique, et sa cellule TTL guide l’apprentissage. Si vous cherchez à shooter immédiatement sans contrôler chaque paramètre, mieux vaut viser un compact argentique automatique ou un reflex AF des années 90.
Conclusion

Le Fujica ST 605N reste un boîtier d’initiation défendable pour qui accepte le tout-manuel et l’inspection physique préalable. Sa monture M42, sa cellule TTL au silicium et son obturateur mécanique jusqu’au 1/700 s en font un outil cohérent pour apprendre les bases de l’exposition. Sa valeur réelle dépend bien plus de l’exemplaire trouvé que de la fiche technique elle-même.
Trois profils trouvent encore leur compte avec ce reflex : le photographe amateur méthodique qui souhaite poser sa pratique et travailler en exposition manuelle ; le débutant en argentique au budget contraint qui cherche un reflex M42 à monture interchangeable plutôt qu’un compact à focale fixe ; le possesseur d’optiques M42 héritées qui veut un boîtier hôte économique.
À l’inverse, certains usages s’accommodent mal de ce reflex : le photographe qui veut suivre un sujet rapide en autofocus, celui qui cherche une mesure d’exposition matricielle moderne, et toute personne qui exige une garantie constructeur active ou un SAV identifié.
Avant tout achat, quelques contrôles s’imposent : exigez un boîtier déclenché devant vous à plusieurs vitesses, demandez une mesure de cellule comparée à un posemètre indépendant, contrôlez les mousses du dos et du miroir, ouvrez le compartiment piles pour vérifier l’absence de corrosion, et comparez systématiquement le prix demandé à une fourchette d’annonces équivalentes sur Leboncoin et Vinted le jour même.
Avant de poser l’argent, déclenchez à toutes les vitesses pour repérer un rideau qui traîne, mesurez la cellule sur scène neutre face à un posemètre fiable et inspectez les mousses du dos sous lumière rasante : sans ces trois contrôles réunis, le ST 605N reste un pari.

