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    Vanyu Krastev : le photographe qui redonne le sourire à la rue

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    Vanyu Krastev, artiste bulgare d'Eyebombing
    Vanyu Krastev, artiste bulgare d'Eyebombing
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    Découvrez Vanyu Krastev, photographe bulgare maître de l’eyebombing. Méthode, cadrage et astuces pour créer des photos de rue joyeuses.

    Mis à jour: novembre 2025 | Temps de lecture : 22 minutes

    À retenir en 20 secondes :

    • Qui : Vanyu Krastev, artiste bulgare de 42 ans basé à Sofia, père de deux enfants et monteur vidéo de métier
    • Quoi : Il pratique l’eyebombing — coller des yeux mobiles sur le mobilier urbain pour révéler des « visages cachés »
    • Pourquoi ça marche : Notre cerveau détecte instantanément les visages (paréidolie), et l’humour naît du contraste avec l’environnement urbain
    • Ce que vous allez apprendre : Comment repérer ces scènes, les cadrer comme un photographe, et créer une série joyeuse sans tomber dans le gag facile

    Si vous tapez « Vanyu Krastev photographe » sur Google, c’est rarement par hasard : une image vous a accroché, souvent sur Instagram ou dans un article viral. On y voit un poteau, une borne, un vieux mur écaillé… et soudain, deux petits yeux transforment l’objet le plus banal en personnage de rue. Résultat : on sourit. Et on regarde la ville autrement.

    Vanyu Krastev est un artiste bulgare connu pour son projet d’eyebombing : il colle des yeux mobiles (les fameux « googly eyes ») sur des éléments urbains fatigués, cassés ou simplement invisibles pour nous. Ce geste minuscule fait apparaître une émotion — surprise, tristesse, malice — là où il n’y avait qu’un décor. Les passants s’arrêtent, rigolent, prennent une photo. Et lui, derrière l’appareil ou le téléphone, capte cet instant où la rue redevient vivante.

    Mais ce qui est fascinant, c’est que son travail ne se résume pas à « une blague dans la ville ». Il touche à quelque chose de très profond en photographie de rue : notre capacité à repérer des histoires cachées dans le quotidien. Krastev montre qu’on n’a pas besoin d’une scène spectaculaire ni d’un personnage humain pour faire une bonne street photo. Parfois, il suffit de changer le regard — et de savoir cadrer ce changement.

    Dans cet article, on va d’abord comprendre qui est Krastev et ce qu’il raconte à travers ses interventions. Puis on va décortiquer, de façon très concrète, pourquoi ça marche visuellement et comment vous pouvez vous en inspirer sans copier. Repérage, composition, narration, éthique : vous repartirez avec une méthode simple pour créer, vous aussi, des photos de rue plus joyeuses et plus personnelles — même avec un matériel minimal.

    Vanyu Krastev, artiste bulgare d'Eyebombing arbre
    Vanyu Krastev, artiste bulgare d’Eyebombing arbre

    Sommaire

    Toggle
    • Qui est Vanyu Krastev ? (biographie express + contexte)
      • Un artiste bulgare au croisement photo / street art
      • Mini-timeline du projet Eyebombing Bulgaria
    • L’eyebombing, c’est du street art ou de la street photo ?
      • Le principe : deux yeux, et tout change
      • Pourquoi ce geste minimal crée une scène photographiable
    • Pourquoi ses images font sourire (et restent en tête)
      • L’anthropomorphisme : notre cerveau « voit » des visages
      • Humour visuel et contraste avec la ville grise
      • Ce que le projet dit de notre rapport à la ville
    • Comment trouver des « visages » dans votre ville en 30 minutes ?
      • Repérer les formes humaines cachées
      • Marcher lentement, scanner les hauteurs
      • Choisir le bon angle avant d’ajouter les yeux
    • Quel cadrage rend l’effet le plus drôle ?
      • Le cadrage qui fait passer du gag à la photo
      • Les 3 angles à tester systématiquement
      • Réglages techniques simples
    • Ce que les photographes peuvent apprendre de sa démarche
      • Créer une photo joyeuse sans mise en scène lourde
      • Travailler en série : cohérence, rythme, variations
      • Krastev vs autres approches ludiques : ce qui le distingue
    • Matériel minimal et méthode pour s’en inspirer
      • Smartphone ou hybride compact : pourquoi ça suffit
      • Où trouver des yeux mobiles en France (2025)
      • Mini-check-list de repérage « sourire urbain »
      • Erreurs courantes à éviter
    • 3 exercices terrain pour développer votre œil
    • Est-ce légal en France de coller des yeux sur le mobilier urbain ?
      • Le cadre légal en France (Code de l’environnement)
      • Dans la pratique : ce qui se passe vraiment
      • Les règles d’or pour rester du bon côté
    • FAQ

    Qui est Vanyu Krastev ? (biographie express + contexte)

    Vanyu Krastev est un artiste visuel bulgare de 42 ans, basé à Sofia, qui pratique l’eyebombing depuis 2015. Monteur vidéo de profession et père de deux enfants, il consacre son temps libre à transformer le mobilier urbain en personnages expressifs grâce à de simples yeux mobiles autocollants.

    Un artiste bulgare au croisement photo / street art

    Contrairement à beaucoup de street-artistes qui travaillent sur de grandes fresques ou des installations complexes, Krastev a choisi l’intervention minimale. Son outil : des yeux mobiles autocollants de quelques centimètres, qu’on trouve dans n’importe quelle papeterie. Son terrain : les rues de Sofia, mais aussi toutes les villes qu’il traverse.

    Ce qui le distingue, c’est qu’il ne se contente pas de coller : il photographie. Chaque intervention devient une image pensée, cadrée, composée. L’acte de coller n’est que la première étape ; la seconde, c’est de trouver l’angle qui transforme vraiment l’objet en personnage. C’est là que le photographe prend le relais du street-artiste.

    Comme il l’explique lui-même : « Plus je collais des yeux, meilleur je devenais. J’ai développé une sorte de flair. Aujourd’hui, je n’ai même plus besoin de partir en chasse. Les petites créatures surgissent d’elles-mêmes autour de moi. Mes meilleurs eyebombings sont sur des choses cassées, fissurées, percées, emmêlées, qui s’effritent ou se tordent. »

    Retour terrain : En arpentant les quartiers anciens de Nice, j’ai remarqué que la plupart des objets « à visage » passent inaperçus tant qu’on ne s’arrête pas. Un compteur électrique bosselé, une bouche d’incendie rouillée, un tuyau mal vissé : tout devient personnage potentiel. Krastev a simplement systématisé cette capacité à voir autrement. — L.C.-P.

    Mini-timeline du projet Eyebombing Bulgaria

    Année Étape clé
    2015 Krastev découvre le concept d’eyebombing via le site eyebombing.com et commence à pratiquer à Sofia
    2016 Création du site eyebombing.bg pour promouvoir le mouvement en Bulgarie
    2017 Première diffusion virale internationale (Bored Panda, Laughing Squid, Colossal)
    2018 Plus de 100 interventions documentées, couverture médiatique européenne
    2024 Ateliers pédagogiques avec des élèves de l’école primaire Dimitar Petrov à Sliven
    2025 131 publications Instagram, communauté active de 5 370 abonnés

    Pour découvrir l’ensemble de son travail, vous pouvez visiter son compte Instagram @vanyukrastev ou son site eyebombing.bg.

    À retenir : Krastev n’est pas un artiste isolé — il s’inscrit dans un mouvement plus large né en France dans les années 1980 avec l’artiste Do Benracassa (« Ça vous regarde »), puis popularisé par des artistes danois et la Googly Eyes Foundation à partir de 2011.

    L’eyebombing, c’est du street art ou de la street photo ?

    L’eyebombing est à la fois du street art et de la street photography. L’intervention physique (coller les yeux) relève du street art, mais l’œuvre finale est la photographie qui documente et cadre cette intervention. Sans l’image, le geste serait éphémère et invisible. C’est l’appareil photo qui transforme l’eyebombing en projet artistique cohérent.

    Le principe : deux yeux, et tout change

    Le mécanisme est d’une simplicité désarmante : notre cerveau est programmé pour détecter les visages. Deux points alignés horizontalement au-dessus d’une forme quelconque, et nous voyons automatiquement un « quelqu’un ». C’est ce qu’on appelle la paréidolie, ce phénomène psychologique qui nous fait reconnaître des visages dans les nuages, les prises électriques ou les façades d’immeubles.

    L’eyebombing exploite ce biais cognitif de façon délibérée. En ajoutant deux yeux mobiles à un objet qui possède déjà une « bouche » naturelle (fissure, ouverture, grille), Krastev complète le visage minimal dont notre cerveau a besoin pour basculer de « objet » à « personnage ».

    Pourquoi ce geste minimal crée une scène photographiable

    Une borne d’incendie avec des yeux n’est plus une borne : c’est un gardien fatigué, un veilleur de nuit, un personnage timide. Cette transformation instantanée génère une émotion — souvent le sourire — parce qu’elle nous prend par surprise. On ne s’attendait pas à croiser « quelqu’un » à cet endroit.

    Pour le photographe, c’est une leçon fondamentale : la photographie de rue humoristique repose moins sur la mise en scène que sur la révélation. Krastev ne construit pas ses images, il les découvre et les active avec une intervention minimale. Pour explorer d’autres approches créatives en street photo, consultez notre article sur les conseils concrets de photographie de rue.

    À retenir : L’eyebombing ne crée pas le visage — il le révèle. L’objet contenait déjà une forme anthropomorphe latente. Les yeux ne font que la rendre visible à tous.

    Pourquoi ses images font sourire (et restent en tête)

    Les photos de Vanyu Krastev fonctionnent parce qu’elles combinent trois éléments puissants : l’anthropomorphisme qui capte notre attention, l’humour visuel qui crée l’émotion, et la précision du cadrage qui transforme un gag en image mémorable.

    L’anthropomorphisme : notre cerveau « voit » des visages

    Notre système visuel est câblé pour détecter les visages en priorité. C’est un avantage évolutif : identifier rapidement un congénère ou un prédateur était vital pour nos ancêtres. Cette sensibilité est si forte qu’elle se déclenche même face à des configurations minimales — deux points et une ligne suffisent.

    Les psychologues appellent cela la « gestalt faciale » : notre cerveau complète automatiquement les informations manquantes pour construire un visage cohérent. Un tuyau coudé avec deux yeux devient expressif parce que nous projetons sur lui nos propres émotions. Nous lui attribuons une personnalité, une intention, un état d’esprit.

    Humour visuel et contraste avec la ville grise

    L’efficacité des images de Krastev tient aussi au contraste entre le contexte et l’intervention. La ville post-industrielle — murs gris, équipements utilitaires, surfaces abîmées — forme un décor neutre, presque triste. Les yeux mobiles, avec leur aspect enfantin et ludique, créent une rupture de ton immédiate.

    Ce décalage est le moteur de l’humour visuel. On rit parce que la juxtaposition est inattendue : un objet sérieux (un compteur électrique) adopte soudain une expression comique. Le quotidien devient absurde, et l’absurde devient joyeux.

    Ce que le projet dit de notre rapport à la ville

    Au-delà du sourire immédiat, le travail de Krastev porte un message plus profond sur notre rapport à l’espace urbain. Dans une ville fatiguée, post-industrielle, où le mobilier se dégrade et où les passants circulent sans regarder, l’eyebombing propose une réappropriation douce de l’espace public.

    Comme l’explique Krastev : « Je pense que nous vivons dans l’urgence, un monde terriblement nerveux où nous nous déplaçons avec une attitude négative. Mon idée est de faire adopter cette forme de street art par le plus de gens possible. Ainsi, nous pourrons devenir une communauté qui partage plus d’idées. »

    Ce n’est pas un geste de vandalisme ou de provocation — c’est un acte d’humanisation. L’eyebombing invite à ralentir, à lever les yeux, à sourire. Et pour un photographe de rue, c’est une philosophie précieuse : chercher la poésie là où personne ne la voit.

    Retour terrain : J’ai testé cette approche dans le Vieux-Nice : les boîtiers électriques du XIXe siècle, avec leurs formes arrondies et leurs grilles d’aération, sont des candidats parfaits. Le contraste entre la patine historique et les yeux cartoonesques amplifie l’effet comique. Mais au-delà du rire, j’ai remarqué que les passants s’arrêtaient vraiment — certains prenaient des photos, d’autres souriaient simplement. L’espace public redevenait un lieu d’échange. — L.C.-P.

    Vanyu Krastev, artiste bulgare d'Eyebombing tuyau d'évacuation
    Vanyu Krastev, artiste bulgare d’Eyebombing tuyau d’évacuation

    Comment trouver des « visages » dans votre ville en 30 minutes ?

    Pour repérer des objets « à visage » dans votre ville, marchez 3 fois plus lentement que d’habitude, scannez trois niveaux (sol, regard, hauteur), et cherchez des objets qui ont déjà une « bouche » naturelle : fissure, grille, ouverture. En 30 minutes de marche attentive, vous pouvez identifier 10 à 15 candidats potentiels.

    Repérer les formes humaines cachées

    Le premier réflexe à développer, c’est de scanner l’environnement à la recherche de formes qui évoquent déjà un visage sans les yeux. Les candidats idéaux présentent une « bouche » naturelle : fissure horizontale, grille d’aération, ouverture de boîte aux lettres, jointure de tuyau.

    Voici les catégories d’objets les plus prometteuses en milieu urbain français :

    • Boîtiers électriques et compteurs (formes géométriques avec grilles)
    • Bornes d’incendie et poteaux (silhouettes trapues, « corps » compact)
    • Murs écaillés et surfaces dégradées (fissures = expressions)
    • Mobilier urbain cassé ou détourné (poubelles, bancs, barrières)
    • Équipements de chantier (plots, cônes, barrières)
    • Végétation urbaine (souches, racines apparentes, arbres taillés)

    Marcher lentement, scanner les hauteurs

    La vitesse de marche conditionne ce qu’on voit. En ville, nous avançons généralement trop vite, le regard fixé devant nous à hauteur d’horizon. Les « visages cachés » se trouvent souvent plus bas (au niveau du sol, des bornes, des soubassements) ou plus haut (boîtiers en hauteur, câblages, enseignes).

    Pour approfondir cette méthode de repérage, consultez nos 12 conseils essentiels photo de rue urbaine.

    Méthode de repérage « sourire urbain » en 30 minutes :

    1. Minutes 1-5 : Choisir un itinéraire dans un quartier ancien ou industriel
    2. Minutes 5-20 : Marcher 3× plus lentement, scanner sol (0-50 cm), regard (1-1,8 m), hauteur (2 m+)
    3. Minutes 20-25 : S’arrêter devant chaque objet « candidat », tourner autour pour trouver l’angle du visage
    4. Minutes 25-30 : Noter mentalement les 5 meilleurs spots pour y revenir avec les yeux

    Choisir le bon angle avant d’ajouter les yeux

    L’erreur du débutant, c’est de coller les yeux d’abord et de chercher l’angle ensuite. Krastev fait l’inverse : il identifie d’abord l’angle de prise de vue idéal, puis il positionne les yeux en fonction de ce cadrage.

    Cette inversion du processus change tout. Les yeux ne sont pas placés « logiquement » sur l’objet, mais « photographiquement » — là où ils créeront le meilleur effet visuel dans le cadre final. Parfois, cela signifie un placement asymétrique ou une taille inattendue.

    Quel cadrage rend l’effet le plus drôle ?

    Le cadrage idéal pour l’eyebombing combine une distance de 1 à 3 mètres, un angle à hauteur du « regard » du personnage, et une focale standard (35-50 mm équivalent) qui évite les déformations. La lumière latérale douce (matin ou fin d’après-midi) sculpte les volumes et renforce l’expression.

    Le cadrage qui fait passer du gag à la photo

    Ce qui distingue les images de Krastev d’un simple gag Instagram, c’est la qualité du cadrage. Il ne se contente pas de coller et de photographier au smartphone en mode automatique. Il choisit un angle qui renforce l’expression du « visage », une distance qui isole le sujet, une lumière qui sculpte les formes.

    Paramètre Recommandation Pourquoi
    Distance 1 à 3 mètres selon la taille de l’objet Assez proche pour isoler le sujet, assez loin pour montrer le contexte
    Hauteur Au niveau du « regard » du personnage Crée une relation avec le sujet, comme un portrait humain
    Focale 35-50 mm équivalent Rendu naturel, pas de déformation. 24-28 mm seulement si vous assumez l’effet comique de la déformation
    Lumière Latérale douce (matin/fin d’après-midi) Sculpte les volumes, révèle les textures, renforce l’expression
    Arrière-plan Neutre ou contrasté Isole le personnage, évite les distractions

    Les 3 angles à tester systématiquement

    Pour chaque sujet, prenez le temps de tester trois angles différents avant de choisir :

    1. Face : L’angle le plus évident, efficace pour les « visages » symétriques
    2. 3/4 : Ajoute de la profondeur et du caractère, souvent le plus expressif
    3. Contre-plongée légère : Donne de l’importance au personnage, effet « portrait officiel »

    Ce qui rend les images de Krastev mémorables, c’est la micro-histoire qu’elles déclenchent ; pour aller plus loin, explorez notre article sur le storytelling en photographie de rue et ses méthodes de narration visuelle.

    Erreur fréquente : Évitez le plein midi qui aplatit les formes et tue les expressions. Les ombres dures créent des contrastes trop violents qui détournent l’attention des yeux.

    Réglages techniques simples

    Pas besoin de réglages complexes pour ce type de photo. Voici une configuration de base qui fonctionne dans 90% des cas :

    • Mode : Priorité ouverture (A/Av) ou automatique intelligent
    • Ouverture : f/4 à f/8 pour une netteté sur tout le sujet
    • ISO : Auto (100-800 en extérieur jour)
    • Mise au point : Sur les yeux (comme pour un portrait)

    Pour approfondir les principes de cadrage qui rendent une image forte, consultez notre guide sur la composition en photographie de rue.

    Vanyu Krastev, artiste bulgare d'Eyebombing aération
    Vanyu Krastev, artiste bulgare d’Eyebombing aération

    Ce que les photographes peuvent apprendre de sa démarche

    Au-delà du projet spécifique d’eyebombing, le travail de Krastev offre plusieurs enseignements transposables à toute pratique de photographie de rue : créer de la joie sans artifice lourd, construire une série cohérente, et transformer le banal en sujet.

    Créer une photo joyeuse sans mise en scène lourde

    L’un des défis de la street photography, c’est de produire des images qui provoquent une émotion positive sans tomber dans le cliché ou la manipulation. Krastev montre qu’une intervention minimale suffit — à condition qu’elle soit précise et bien cadrée.

    Cette approche libère le photographe de la dépendance au « moment décisif » humain. Pas besoin d’attendre qu’un passant fasse le bon geste au bon endroit : le « personnage » est là, patient, disponible. Le photographe contrôle le timing, la lumière, le cadrage. Pour explorer d’autres techniques créatives, consultez notre article sur comment créer des photos de rue créatives.

    Travailler en série : cohérence, rythme, variations

    Ce qui fait la force du projet de Krastev, c’est sa cohérence sérielle. Chaque image fonctionne seule, mais l’ensemble crée un univers. Cette logique de série est essentielle pour tout projet photographique personnel.

    Pour construire une série cohérente à partir d’interventions urbaines, trois éléments doivent rester constants :

    • Le dispositif visuel : ici, les yeux mobiles
    • Le traitement photographique : cadrage serré, lumière naturelle, couleur
    • Le ton émotionnel : humour tendre, jamais cynique

    Les variations viennent des objets eux-mêmes : chaque « visage » a sa personnalité, son expression, son histoire suggérée.

    Krastev vs autres approches ludiques : ce qui le distingue

    Krastev n’est pas le seul artiste à humaniser l’espace urbain avec humour. Comment se situe-t-il par rapport à d’autres créateurs connus ?

    Artiste Technique Différence avec Krastev
    OakOak (France) Peinture/pochoir sur éléments urbains Intervention permanente, plus élaborée artistiquement
    David Zinn (USA) Dessins à la craie intégrés au décor Éphémère, nécessite talent de dessin
    Googly Eyes Foundation Eyebombing collectif mondial Mouvement décentralisé, moins focalisé sur la photo finale
    Vanyu Krastev Yeux mobiles + photographie cadrée Geste minimal + vraie démarche photographique

    Ce qui distingue Krastev, c’est la double nature de son travail : l’intervention est minimale (deux yeux autocollants), mais la documentation photographique est soignée. Pour découvrir d’autres approches de la street photo, explorez notre liste de 15 photographes de rue célèbres.

    Matériel minimal et méthode pour s’en inspirer

    L’un des aspects les plus libérateurs du travail de Krastev, c’est qu’il ne nécessite aucun équipement sophistiqué. Un smartphone suffit, et les « accessoires » coûtent quelques euros.

    Smartphone ou hybride compact : pourquoi ça suffit

    Pour ce type de projet, le matériel idéal est celui qu’on a toujours sur soi. Un smartphone récent offre une qualité d’image largement suffisante pour des sujets statiques en lumière naturelle. Les avantages sont nombreux : discrétion totale, disponibilité permanente, partage immédiat.

    Si vous préférez un appareil dédié, un hybride compact avec une focale fixe légère (35 mm ou 50 mm équivalent) est parfait. L’important est de pouvoir photographier rapidement, sans attirer l’attention, et de se rapprocher suffisamment du sujet. Pour construire un kit adapté, consultez notre guide sur le kit minimaliste pour reportage urbain.

    Où trouver des yeux mobiles en France (2025)

    Les « googly eyes » ou yeux mobiles autocollants sont disponibles dans de nombreux points de vente :

    • Papeteries et magasins de loisirs créatifs : Cultura, Le Géant des Beaux-Arts, Rougier & Plé
    • Grandes surfaces : Rayon loisirs créatifs de Carrefour, Auchan, Leclerc
    • Magasins discount : Action, HEMA, Flying Tiger
    • En ligne : Amazon, Cdiscount (lots de tailles variées à partir de 5€)

    Conseil : achetez un assortiment de 3 tailles (1 cm, 2 cm, 4 cm de diamètre) pour vous adapter aux différents objets.

    Mini-check-list de repérage « sourire urbain »

     Emporter des yeux mobiles de 3 tailles différentes (1 cm, 2 cm, 4 cm)
     Choisir un quartier avec du mobilier urbain ancien ou dégradé
     Marcher lentement, sans destination précise
     Scanner les trois niveaux : sol, regard, hauteur
     Repérer au moins 5 « candidats » avant de coller quoi que ce soit
     Visualiser le cadrage final AVANT de positionner les yeux
     Tester plusieurs angles de prise de vue pour chaque sujet
     Photographier en lumière naturelle douce (matin ou fin d’après-midi)
     Retirer les yeux si l’emplacement est problématique

    Erreurs courantes à éviter

    Erreur Pourquoi c’est un problème Solution
    Yeux trop gros pour l’objet Effet cartoon excessif, perte de subtilité Adapter la taille à l’échelle du « visage »
    Cadrage trop large Le sujet se perd dans le décor Se rapprocher, isoler le personnage
    Coller avant de cadrer Position des yeux inadaptée à l’angle photo Toujours visualiser l’image finale d’abord
    Sur-intervenir Ajouter trop d’éléments tue la simplicité Deux yeux suffisent, pas plus
    Forcer l’humour Effet artificiel, sourire qui ne vient pas Choisir des objets naturellement expressifs
    Publier tout Série incohérente, qualité inégale Sélectionner sévèrement (1 sur 10)

    3 exercices terrain pour développer votre œil

    Pour progresser rapidement dans cette approche, voici trois exercices concrets à réaliser lors de vos prochaines sorties photo.

    Défi 1 — La chasse aux bouches (15 minutes)

    Objectif : Entraîner votre lecture anthropomorphe sans intervention

    1. Marchez 15 minutes SANS yeux mobiles
    2. Photographiez uniquement des objets qui ont déjà une « bouche » naturelle (fissure, grille, ouverture)
    3. Visez 10 photos minimum
    4. À la maison, évaluez : lesquels auraient fait de bons « visages » avec des yeux ?

    Résultat attendu : Vous commencez à voir des visages partout, même sans intervention.

    Défi 2 — 5 personnages, 1 quartier (45 minutes)

    Objectif : Créer une mini-série cohérente

    1. Repérez 10 candidats dans un même quartier
    2. Sélectionnez-en 5 (les plus expressifs, les mieux éclairés)
    3. Intervenez et photographiez avec le même traitement (cadrage, lumière)
    4. Ne gardez que 3 images pour votre série finale

    Résultat attendu : Une série cohérente qui raconte une histoire de quartier.

    Défi 3 — 1 objet, 3 émotions (20 minutes)

    Objectif : Explorer le pouvoir du positionnement

    1. Choisissez un seul objet avec une « bouche » expressive
    2. Testez 3 positions d’yeux différentes (centrés, décalés, asymétriques)
    3. Pour chaque position, testez 3 cadrages (face, 3/4, contre-plongée)
    4. Comparez : quelle combinaison crée l’émotion la plus forte ?

    Résultat attendu : Vous comprenez comment le placement des yeux et l’angle changent l’expression.

    Étude terrain chiffrée : Sur 2 sorties à Nice (total : 3 heures), j’ai repéré 32 candidats potentiels, réalisé 7 interventions, et gardé 3 images pour ma série finale. Ratio final : 1 image publiable pour 10 objets repérés. C’est normal — la sélection fait la qualité. — L.C.-P.

    Vanyu Krastev, artiste bulgare d'Eyebombing (11)
    Vanyu Krastev, artiste bulgare d’Eyebombing

    Est-ce légal en France de coller des yeux sur le mobilier urbain ?

    En France, coller des éléments sur le mobilier urbain sans autorisation peut être qualifié d’affichage illégal, passible d’une amende de 750 € à 7 500 € selon les cas. Cependant, les yeux mobiles autocollants, temporaires et non dégradants, ne font quasiment jamais l’objet de poursuites dans la pratique — sauf sur les monuments protégés où les sanctions sont beaucoup plus lourdes.

    Le cadre légal en France (Code de l’environnement)

    L’humour en street photo n’a de force que s’il respecte les gens et le lieu. Notre guide sur l’éthique de la photographie de rue pose des repères simples pour rester du bon côté de la ligne.

    Voici ce que dit la loi française :

    Situation Base légale Sanction possible
    Affichage sur mobilier urbain sans autorisation Art. R. 581-87 Code de l’environnement Contravention 4e classe : 750 €
    Affichage maintenu après mise en demeure Art. L. 581-34 Code de l’environnement Amende délictuelle : 7 500 €
    Affichage sur monument classé ou site protégé Art. L. 581-35 Code de l’environnement 7 500 € + responsabilité du commanditaire
    Astreinte par jour de retard Art. L. 581-27 Code de l’environnement 200 € par jour et par infraction

    Depuis janvier 2024, les maires disposent de pouvoirs renforcés pour lutter contre l’affichage sauvage, avec la possibilité d’infliger une amende forfaitaire de 1 500 € (loi Climat et Résilience du 22 août 2021).

    Dans la pratique : ce qui se passe vraiment

    La réalité est plus nuancée. Les yeux mobiles autocollants présentent plusieurs caractéristiques qui les distinguent de l’affichage publicitaire classique :

    • Ils sont facilement retirables sans dommage
    • Ils n’ont pas de but commercial ou publicitaire
    • Ils ne dégradent pas le support
    • Ils sont de très petite taille

    En pratique, aucune poursuite documentée n’a visé spécifiquement l’eyebombing artistique en France. Cependant, la prudence reste de mise : le cadre légal existe, et une plainte reste possible.

    Attention — Zones à risque élevé : Les sanctions sont beaucoup plus sévères sur les immeubles classés monuments historiques, les sites naturels protégés, les parcs nationaux, les réserves naturelles et les arbres. Sur ces supports, l’amende peut atteindre 7 500 € par infraction, et le commanditaire (vous) est directement responsable.

    Les règles d’or pour rester du bon côté

    1. Jamais sur patrimoine protégé : Monuments historiques, sites classés, œuvres d’art existantes
    2. Jamais sur lieux sensibles : Lieux de culte, mémoriaux, cimetières
    3. Jamais sur propriété privée : Sans autorisation écrite du propriétaire
    4. Toujours retirable : Utilisez des yeux autocollants facilement décollables
    5. Retirez si demandé : Si quelqu’un vous demande de retirer, faites-le immédiatement
    6. Évitez les équipements de sécurité : Caméras, alarmes, extincteurs, bouches d’incendie actives

    La règle simple : L’eyebombing doit rester un geste joyeux, temporaire et réversible. Si vous hésitez sur un emplacement, abstenez-vous. Le sourire des passants ne vaut pas un procès-verbal.

    FAQ

    Vanyu Krastev est-il plutôt photographe ou street-artiste ?
    Les deux à la fois. L’intervention physique (coller les yeux) relève du street art, mais l’œuvre finale est la photographie qui documente cette intervention. Sans l’image, le geste serait éphémère et invisible. C’est l’appareil photo qui transforme l’eyebombing en projet artistique cohérent et partageable.
    L’eyebombing est-il légal en France ?
    Techniquement, coller des éléments sur le mobilier urbain sans autorisation constitue une contravention (750 € à 7 500 € selon les cas). En pratique, les yeux mobiles temporaires et non dégradants ne font quasiment jamais l’objet de poursuites. Évitez cependant les monuments protégés où les sanctions sont réelles et sévères.
    Comment trouver des objets « à visage » dans ma ville ?
    Marchez 3 fois plus lentement dans les quartiers anciens ou industriels. Scannez trois niveaux : sol (0-50 cm), regard (1-1,8 m), hauteur (2 m+). Cherchez des objets qui ont déjà une « bouche » naturelle : fissure, grille d’aération, ouverture. Les boîtiers électriques, bornes et murs écaillés sont les meilleurs candidats.
    Quel focal/angle marche le mieux pour ce type d’images ?
    Une focale standard (35-50 mm équivalent) évite les déformations et donne un rendu naturel. L’angle idéal est à hauteur du « regard » du personnage, comme pour un portrait humain. Testez trois angles (face, 3/4, contre-plongée légère) et gardez le plus expressif.
    Comment rendre une série drôle sans qu’elle devienne répétitive ?
    Maintenez constants le dispositif (yeux mobiles), le traitement photo et le ton émotionnel. Les variations viennent des objets : chaque « visage » doit avoir sa propre personnalité et expression. Sélectionnez sévèrement (1 image sur 10) et privilégiez la diversité des « caractères ».
    Peut-on faire ça en noir et blanc ?
    Oui, mais vous perdez le contraste coloré entre les yeux et le décor gris qui fait partie de l’efficacité des images. Compensez par un contraste fort entre textures et formes. Pour explorer l’approche N&B en street photo, découvrez le travail de Rui Palha ou Lee Friedlander.
    Comment publier ce genre de projet sans tomber dans le « gag facile » ?
    Présentez votre travail comme une série cohérente, pas comme des blagues isolées. Accompagnez vos images d’un texte expliquant votre démarche. Sélectionnez rigoureusement et visez la qualité photographique (cadrage, lumière, composition). C’est ce qui distingue l’art du simple gag viral.
    Où acheter des yeux mobiles en France ?
    Les googly eyes sont disponibles dans les papeteries (Cultura, Rougier & Plé), les grandes surfaces (rayon loisirs créatifs), les magasins discount (Action, HEMA, Flying Tiger) et en ligne (Amazon, Cdiscount). Comptez 5 à 10 € pour un lot de tailles variées.

    Votre plan d’action pour créer des photos de rue plus joyeuses :

    1. Cette semaine : Procurez-vous des yeux mobiles de 3 tailles (papeterie, Action, Amazon)
    2. Sortie 1 : Faites le « Défi chasse aux bouches » — 15 min sans yeux, juste pour entraîner l’œil
    3. Sortie 2 : Repérez 10 candidats, intervenez sur 5, gardez 3 images
    4. Sortie 3 : Testez le « Défi 1 objet, 3 émotions » pour comprendre l’impact du placement
    5. Publication : Créez une mini-série de 5-7 images cohérentes avant de partager

    Pour aller plus loin dans votre pratique de la street photography et découvrir d’autres approches créatives, explorez notre article sur la photographie urbaine et comment capturer l’âme des villes.

    Lucien Cazeviel-Perrin est photographe basé à Nice, spécialisé en paysage, voyage et photographie urbaine depuis plus de 16 ans. Habitué à arpenter les villes carnet en main et appareil discret au cou, il aide les photographes à « lire » l’espace public : repérer la lumière, sentir le rythme d’une rue, et transformer le quotidien en images fortes. Sur expert-photo.fr, il signe des articles terrain où méthode et sensibilité se complètent, pour que chacun progresse en street photo sans se perdre dans la technique.

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