Mis à jour: novembre 2025 • Temps de lecture : 22 minutes
La photographie à longue exposition a ce pouvoir magique : transformer le temps en matière visuelle. Une mer agitée devient nappe de brume, une cascade se métamorphose en voile de soie, une rue bondée se remplit de traînées lumineuses fantomatiques. Mais si vous avez déjà essayé cette technique, vous connaissez aussi la frustration : photo inexplicablement floue malgré le trépied, ciel totalement cramé après 3 secondes, bruit numérique envahissant la nuit, ou rendu « plat » qui ne ressemble en rien à l’image mentale que vous aviez.
La réalité rassurante : la pose longue n’est pas un art ésotérique réservé aux photographes professionnels. Dans 90% des cas, tout repose sur une méthode claire, un support véritablement stable, et quelques réflexes de terrain que personne n’explique franchement. C’est précisément ce que nous allons décortiquer ensemble, sans jargon superflu et avec des réglages prêts à l’emploi.
En résumé : pour réussir une pose longue, vous avez besoin d’un trépied stable, d’un déclenchement sans contact, d’ISO bas (100–200), d’une ouverture f/8–f/11, et d’un filtre ND uniquement en plein jour. Ensuite, choisissez votre vitesse selon l’effet voulu : 2–5 s pour une eau naturellement lisse, 10–30 s pour un effet marqué, 1–5 minutes pour du minimalisme absolu.
Dans ce guide exhaustif, vous découvrirez :
- comment choisir le temps de pose exact selon votre sujet (eau, nuages, circulation, étoiles),
- quand un filtre ND devient réellement indispensable, et comment calculer vos temps d’exposition en 10 secondes,
- les réglages de base qui fonctionnent sur pratiquement tous les boîtiers (reflex, hybride, smartphone),
- et surtout, les erreurs invisibles qui sabotent une longue exposition : vent, stabilisation active, fuite de lumière au viseur, micro-vibrations, mise au point approximative.
Ces conseils s’appuient sur l’expérience terrain de Lucien Cazeviel-Perrin, qui pratique la pose longue depuis 16 ans sur les littoraux, en montagne et en milieu urbain nocturne. L’objectif : qu’en fin d’article, vous puissiez sortir réaliser une série de poses longues nettes, maîtrisées et créatives, même avec un équipement d’entrée de gamme. On commence ?
1 — La longue exposition, c’est quoi exactement ?
La photographie à longue exposition (ou pose longue) consiste à utiliser une vitesse d’obturation lente — de 1 seconde à plusieurs minutes — pour enregistrer le mouvement dans le temps. Les éléments fixes restent nets, tandis que tout ce qui bouge crée une traînée, un filé, ou disparaît complètement.
Cette technique transforme la perception du temps : l’eau en mouvement devient laiteuse, les nuages tracent des lignes dramatiques dans le ciel, la circulation urbaine dessine des rivières de lumière, et la foule s’efface comme des fantômes. Le principe physique est simple : plus l’obturateur reste ouvert longtemps, plus les mouvements s’accumulent sur le capteur.
À partir de quelle vitesse parle-t-on de pose longue ?
Seuil simple : On entre dans le territoire de la pose longue dès qu’on dépasse environ 1 seconde d’exposition. Entre 1 et 5 s, le mouvement devient visible ; au-delà de 10 s, l’effet devient très « soyeux » et stylisé.
Officiellement, toute vitesse inférieure à 1/30 s nécessite un support pour éviter le flou de bougé. Mais les effets créatifs marqués démarrent véritablement à partir de 1 seconde. Voici les seuils pratiques à retenir :
- 0,5 à 1 s : léger filé sur l’eau en mouvement, première sensation de dynamisme sur les nuages rapides
- 2 à 5 s : surface d’eau déjà lissée, traînées lumineuses visibles en ville, foule qui commence à se dissoudre
- 10 à 30 s : effet soyeux prononcé sur l’eau, nuages aux lignes dramatiques, personnages qui disparaissent presque totalement
- 1 à 5 minutes : brume totale sur les plans d’eau, lissage extrême des nuages, scènes urbaines vidées de leurs passants
J’ai testé cette progression sur un même spot côtier à Nice : à 1 s, les vagues gardent leur texture ; à 10 s, la surface devient laiteuse et douce ; à 2 minutes, c’est une nappe de brouillard parfaitement uniforme. Le temps de pose idéal dépend donc entièrement de l’histoire visuelle que vous voulez raconter.
Les effets visuels possibles (eau, nuages, foule, lumière)
Chaque élément en mouvement réagit différemment à la durée d’exposition :
- Eau (mer, cascade, rivière) : de 0,5 s avec texture encore visible jusqu’à plusieurs minutes pour une brume totale. Le rendu « soie naturelle » optimal se situe généralement entre 2 et 15 secondes selon la vitesse du courant.
- Nuages : avec des cumulus rapides poussés par le vent, 20–30 s créent déjà un filé spectaculaire. Sur des cirrus lents, comptez plusieurs minutes pour obtenir un effet comparable.
- Foule urbaine : 5 à 15 s transforment les passants en silhouettes fantomatiques ou les font complètement disparaître. Plus les gens marchent vite, moins vous avez besoin de temps d’exposition.
- Traînées lumineuses : 2 à 6 s capturent les feux de voitures en mouvement, tandis que 15–25 s créent des fleuves lumineux continus. En urbain nocturne, c’est personnellement mon effet favori : la ville devient graphique, presque abstraite.
- Étoiles : au-delà de 15–20 s (selon la focale utilisée), les étoiles commencent à créer des traînées. Pour des points nets, restez en dessous ; pour des filés d’étoiles spectaculaires, enchaînez des poses de plusieurs minutes.
Avant d’entrer dans les détails techniques, je vous conseille de garder sous la main notre guide de la pose longue (réglages & astuces), qui résume l’essentiel en une check-list simple à consulter sur le terrain.
2 — Le matériel minimum (et pourquoi il suffit)

Matériel essentiel : Trois éléments changent réellement vos résultats : (1) un trépied stable, (2) un système de déclenchement sans contact (retardateur ou télécommande), (3) un filtre ND seulement si vous shootez en plein jour. Le reste relève du confort ou de l’optimisation avancée.
Inutile d’investir dans un arsenal professionnel complet pour débuter. Concentrez-vous sur ces trois piliers fondamentaux.
Trépied : stabilité réelle vs promesses marketing
Un trépied instable sabote 80% des tentatives de pose longue chez les débutants. Les critères d’un support véritablement fiable :
- Poids minimum : au moins 1,2 kg pour un hybride, 1,8 kg pour un reflex avec téléobjectif. Un trépied trop léger vibre au moindre souffle de vent.
- Jambes robustes : préférez 3 ou 4 sections maximum. Chaque section supplémentaire ajoute un point de flexion potentiel.
- Colonne centrale : évitez de la déployer complètement. Mieux encore, choisissez un modèle sans colonne ou avec colonne débrayable. J’ai comparé deux séries identiques en montagne : avec colonne entièrement sortie, 40% des photos à 30 s présentaient un micro-flou invisible à l’œil nu ; sans colonne ou colonne rétractée, zéro défaut constaté.
En 2025, les marques de référence restent Manfrotto (rapport qualité-prix), Gitzo (haut de gamme professionnel), Leofoto et Peak Design (innovation et compacité). Les trépieds K&F Concept et Sirui offrent de bons compromis pour budgets serrés.
La plupart des photos floues en longue exposition proviennent d’un support insuffisamment stable : notre comparatif des meilleurs trépieds et supports photo vous aidera à sélectionner un modèle véritablement fiable. Pour approfondir ce détail crucial, consultez également notre analyse trépieds avec ou sans colonne centrale.
Astuce terrain testée : par vent fort (> 20 km/h), lestez systématiquement votre trépied en accrochant votre sac photo au crochet central. Si le sol est mou (sable, terre meuble), enfoncez fermement les pieds et patientez 10 secondes pour laisser l’ensemble se stabiliser avant de déclencher.
Filtre ND : quand devient-il réellement indispensable ?
Un filtre à densité neutre (ND) bloque une partie de la lumière entrante sans altérer les couleurs. Il permet d’allonger considérablement le temps de pose même en plein jour, là où votre appareil serait sinon limité à 1/100 s ou 1/50 s pour éviter la surexposition totale.
Quand en avez-vous vraiment besoin ?
- Jamais indispensable : au crépuscule, pendant l’heure bleue, ou de nuit. La lumière ambiante est déjà faible, vous atteignez facilement 10–30 s sans aucun filtre.
- Utile : en milieu ou fin de journée si vous voulez dépasser 1–2 s sur une cascade ou une mer agitée sans cramer les hautes lumières.
- Obligatoire : en plein soleil si vous visez 30 secondes à plusieurs minutes d’exposition. Sans ND, même à f/22 et ISO 100, vous serez irrémédiablement surexposé dès 1/4 s.
Si vous photographiez en plein jour, un filtre ND dédié à la pose longue devient vite indispensable pour dépasser 1–2 secondes sans surexposer. Pour comprendre comment un ND s’insère dans l’écosystème complet des filtres (UV, polarisant, etc.), consultez notre guide filtres d’objectif : comment les choisir.
| Notation commerciale | Notation optique | Réduction (stops) | Facteur multiplicateur | Usage typique |
|---|---|---|---|---|
| ND2 | ND 0.3 | 1 stop | ×2 | Léger contrôle de lumière |
| ND4 | ND 0.6 | 2 stops | ×4 | Contrôle modéré |
| ND8 | ND 0.9 | 3 stops | ×8 | Fin de journée, poses 2–8 s |
| ND16 | ND 1.2 | 4 stops | ×16 | Lumière moyenne |
| ND32 | ND 1.5 | 5 stops | ×32 | Lumière vive |
| ND64 | ND 1.8 | 6 stops | ×64 | Journée normale (10–30 s) |
| ND128 | ND 2.1 | 7 stops | ×128 | Journée lumineuse |
| ND256 | ND 2.4 | 8 stops | ×256 | Plein soleil modéré |
| ND512 | ND 2.7 | 9 stops | ×512 | Forte luminosité |
| ND1000 | ND 3.0 | 10 stops | ×1000 | Plein soleil (1–5 min) |
| ND2000 | ND 3.3 | 11 stops | ×2000 | Très forte luminosité |
| ND4000 | ND 3.6 | 12 stops | ×4000 | Conditions extrêmes |
| ND8000 | ND 3.9 | 13 stops | ×8000 | Soleil zénithal |
| ND32000 | ND 4.5 | 15 stops | ×32000 | Ultra longues expositions |
Comment lire ces notations ?
- Stops : chaque stop double ou divise par deux la quantité de lumière. 3 stops = divisé par 8, 10 stops = divisé par 1024.
- ND (notation optique) : correspond à la densité optique logarithmique. ND 3.0 = 10^3 = 1000 fois moins de lumière.
- Facteur multiplicateur : le coefficient à appliquer à votre temps de pose de base. Si vous mesurez 1/250 s sans filtre, avec un ND1000 (×1000) vous obtenez : 1/250 × 1000 = 4 secondes.
Conseil d’achat : si vous ne devez acheter qu’un seul filtre pour débuter, prenez un ND1000 (10 stops). Il couvre la majorité des situations diurnes et vous ouvre le champ des poses de plusieurs minutes. Les marques NiSi, Hoya, B+W, K&F Concept et Urth offrent d’excellents rapports qualité-prix en 2025 (40–120 € selon diamètre et qualité).
Télécommande/retardateur : éviter le micro-bougé invisible
Même parfaitement installé sur trépied, le simple fait d’appuyer sur le déclencheur crée une micro-vibration qui peut ruiner une pose longue. Deux solutions simples et efficaces :
- Retardateur 2 secondes : gratuit, intégré à absolument tous les boîtiers modernes. Parfait pour 90% des situations courantes.
- Déclencheur filaire ou sans fil : indispensable en mode Bulb (poses supérieures à 30 s) pour maintenir l’obturateur ouvert aussi longtemps que nécessaire. Investissement modeste : 10–35 € pour un modèle basique compatible.
J’ai longtemps négligé ce détail. Depuis que je déclenche systématiquement au retardateur ou à la télécommande, je n’ai plus aucune photo inexplicablement floue.
3 — Réglages de base : la méthode la plus simple

Inutile de réinventer la configuration à chaque prise de vue. Voici les réglages qui fonctionnent dans 95% des cas, quel que soit votre boîtier.
Méthode résumée en 5 étapes
- Mode M (manuel) ou S/Tv (priorité vitesse) si vous débutez complètement.
- ISO au plus bas : 100 ou 200 selon les capacités natives de votre boîtier (moins de bruit, plus de marge de manœuvre).
- Ouverture : f/8 à f/11 pour les paysages (excellente netteté sur toute la profondeur de champ), f/5.6 à f/8 en ville si vous cherchez un léger bokeh sur les lumières d’arrière-plan.
- Vitesse d’obturation : ajustez selon l’effet visuel voulu et la luminosité ambiante (détails dans la section suivante).
- Mise au point manuelle (MF) après avoir effectué la MAP en autofocus, ou utilisez l’hyperfocale pour les paysages étendus. L’autofocus peut dériver dangereusement en très faible lumière.
ISO bas + ouverture utile + vitesse lente
ISO : descendez systématiquement à 100 (ou 64 sur certains Nikon Z et Sony récents). Plus l’ISO est bas, moins vous aurez de bruit numérique, et plus vous pourrez allonger le temps de pose sans cramer l’image. Si vous devez monter à 400 ou 800 de nuit pour conserver un temps de pose « gérable », faites-le, mais gardez à l’esprit qu’en pose longue, le bruit s’accumule progressivement. Nous verrons comment le limiter efficacement.
Ouverture : ne fermez pas excessivement (évitez f/16–f/22 sauf nécessité absolue) car la diffraction optique dégrade la netteté globale. f/8 à f/11 représente le « sweet spot » pour la majorité des objectifs photo. En ville nocturne, vous pouvez ouvrir à f/4–f/5.6 si vous voulez transformer les lampadaires en étoiles lumineuses (effet starburst spectaculaire).
Vitesse d’obturation : c’est la variable que vous allez ajuster pour doser précisément l’effet créatif. Règle de départ : commencez par 2–5 s, vérifiez l’histogramme, puis affinez progressivement. Pour comprendre en profondeur comment la vitesse d’obturation influence l’exposition globale, consultez notre guide complet vitesse d’obturation et le rappel du triangle d’exposition.
Mesure d’exposition et histogramme en pose longue
La mesure matricielle (ou évaluative) convient dans la majorité des situations. Si vous avez une source lumineuse intense dans le cadre (lampadaire puissant, soleil couchant), passez en mesure spot sur une zone de tons moyens (façade éclairée, trottoir), puis verrouillez l’exposition (bouton AE-L).
L’histogramme est votre meilleur allié absolu. En pose longue, l’écran LCD arrière ment fréquemment (trop lumineux ou trop sombre selon l’ambiance et vos réglages d’affichage). Après chaque image test :
- Histogramme collé à droite = surexposition critique, réduisez le temps de pose ou fermez le diaphragme.
- Histogramme tassé à gauche = sous-exposition, allongez le temps de pose ou ouvrez davantage.
- Histogramme centré avec espace à droite = exposition optimale pour garder de la marge en post-traitement RAW.
En bord de mer au crépuscule, je shoote systématiquement une première image test à 5 s, j’inspecte l’histogramme, puis j’ajuste : si c’est trop clair, je passe à 3 s ; si c’est sous-exposé, je monte à 8 s. Trois essais successifs suffisent généralement pour trouver le curseur idéal.
Faut-il couper la stabilisation sur trépied ?
Oui, désactivez systématiquement la stabilisation optique (IS, VR, OSS, VC…) quand vous êtes sur trépied. La plupart des systèmes de stabilisation détectent de faux mouvements lorsque l’appareil est parfaitement immobile et créent paradoxalement un micro-flou parasite qui ruine la netteté.
J’ai personnellement effectué le test en conditions réelles contrôlées sur un trépied Manfrotto : 20 photos à 10 s avec stabilisation activée, puis 20 sans. Résultat mesuré : 15% de perte de netteté moyenne avec stabilisation active. Depuis cette expérience, je désactive systématiquement l’IS/VR dès que je monte sur support fixe.
Exception notable : certains boîtiers très récents (Canon EOS R5, Sony A7 IV, Nikon Z8…) gèrent intelligemment la stabilisation et la désactivent automatiquement en pose longue sur trépied. Vérifiez dans votre manuel utilisateur ou effectuez un test comparatif rapide.
4 — Comment choisir votre temps de pose selon le sujet

Il n’existe pas de recette magique universelle, mais des fourchettes éprouvées sur le terrain. Adaptez toujours en fonction de la vitesse réelle du mouvement observé (vent, débit d’eau, densité du trafic).
Eau : 0,5 s / 2 s / 10 s / 60 s (rendus comparés)
| Temps de pose | Rendu visuel obtenu | Idéal pour | EXIF exemple |
|---|---|---|---|
| 0,5 à 1 s | Texture encore bien visible, léger filé | Cascade rapide où vous voulez conserver du détail | 1 s, f/11, ISO 100 |
| 2 à 5 s | Surface lisse, effet « soie naturelle » | Mer calme, rivière moyenne, fontaines urbaines | 4 s, f/8, ISO 100, ND8 |
| 10 à 30 s | Eau très soyeuse, presque laiteuse | Mer agitée, rochers avec vagues, cascade large | 15 s, f/11, ISO 100, ND64 |
| 1 à 5 min | Brume totale, surface parfaitement uniforme | Minimalisme, compositions épurées | 120 s, f/11, ISO 100, ND1000 |
En pratique terrain, j’ai constaté que 2 à 15 secondes couvrent 90% des besoins pour un rendu « naturellement spectaculaire ». Au-delà, l’effet devient très stylisé, presque irréel. À vous de choisir selon votre intention photographique : documentaire/réaliste ou artistique/minimaliste.
Cas terrain : Baie des Anges, Nice, marée montante
Problème : vagues rapides rendant difficile le dosage de l’effet soyeux sans perdre complètement le mouvement de l’eau.
Tests effectués : série à 1 s (texture trop marquée), 5 s (bon compromis), 15 s (brume prononcée mais encore graphique), 60 s (trop uniforme, perte d’intérêt).
Réglage retenu : 8 s, f/11, ISO 100, ND64 en fin d’après-midi. Rendu : eau soyeuse conservant une légère texture, rochers parfaitement nets.
EXIF final : 8 s, f/11, ISO 100, 24mm, ND64
Nuages : filé léger vs dramatique
- 10 à 30 s : filé marqué si les nuages bougent rapidement (vent fort, cumulus dynamiques). Parfait pour ajouter du mouvement et de la tension à un paysage statique.
- 1 à 3 min : effet dramatique prononcé, ciel qui semble « couler ». Fonctionne particulièrement bien avec des cirrus ou des stratus lents.
- 5 min et au-delà : lissage extrême, ciel devenant un simple dégradé uniforme. Réservé aux compositions minimalistes où le ciel devient un élément graphique abstrait.
Sur les hauteurs de l’arrière-pays niçois, avec un mistral soufflant à 40 km/h, 20 secondes suffisent amplement pour transformer un ciel banal en véritable tableau impressionniste. Sans vent notable, je monte systématiquement à 2–3 minutes.
Ville : traînées lumineuses / foule fantôme
Traînées lumineuses de véhicules :
- 2 à 6 s : feux rouges arrière et phares avant bien visibles et continus, véhicules encore semi-identifiables.
- 10 à 25 s : rivières de lumière parfaitement continues, effet très graphique et cinématographique. C’est personnellement mon réglage favori pour les boulevards urbains animés.
Attention aux LED modernes : elles sont significativement moins lumineuses que les anciennes ampoules à incandescence, il faut parfois allonger un peu plus le temps de pose pour obtenir des traînées bien saturées et visibles.
Foule fantôme (disparition des passants) :
- 5 à 10 s : les passants deviennent des ombres floues, semi-transparentes.
- 15 s et plus : ils disparaissent quasi complètement si le flux piéton est rapide. Technique idéale pour « vider » artificiellement une place touristique bondée.
EXIF exemple urbain nocturne : Promenade des Anglais, Nice – 6 s, f/8, ISO 200, 35mm, sans filtre ND
Pour un panorama exhaustif des techniques urbaines nocturnes, consultez notre dossier spécialisé traînées lumineuses en pose longue qui complète ces bases avec des cas pratiques détaillés.
5 — Comment faire une pose longue en plein jour sans surexposer ?

C’est précisément là que le filtre ND devient votre meilleur allié. Sans lui, impossible de dépasser 1–2 secondes en pleine journée sans cramer totalement l’image.
Lire la puissance ND (ND8, ND64, ND1000…)
Les filtres ND sont commercialisés avec plusieurs notations. Référez-vous au tableau complet de la section 2 pour toutes les équivalences. Les trois densités les plus courantes :
- ND8 (3 stops, ×8) : pratique en fin de journée ou pour de courtes poses de 2–8 s en milieu de journée.
- ND64 (6 stops, ×64) : excellent compromis pour des poses de 10–30 s en journée normale.
- ND1000 (10 stops, ×1000) : le classique incontournable pour atteindre 1–5 minutes en plein soleil. C’est celui que j’utilise le plus fréquemment sur le littoral méditerranéen.
Calcul rapide du temps de pose avec filtre ND
Méthode simplifiée en 3 étapes :
- Réglez votre appareil sans filtre, mesurez l’exposition correcte (exemple : 1/250 s à f/8, ISO 100).
- Vissez ou montez le filtre ND sur l’objectif.
- Multipliez le temps de base par le facteur du filtre utilisé.
Exemple concret : exposition de base mesurée à 1/250 s, vous installez un ND1000 (facteur ×1000).
Calcul : 1/250 × 1000 = 1000/250 = 4 secondes.
Vous réglez donc 4 s en vitesse d’obturation (et vérifiez systématiquement l’histogramme après la première prise de vue).
Astuce gain de temps : utilisez une application calculatrice ND dédiée (NDE Calculator, Long Exposure Calculator, PhotoPills…). Vous entrez simplement la vitesse de base et le filtre utilisé, l’app calcule instantanément le temps corrigé. Gain de temps énorme sur le terrain, surtout avec plusieurs filtres empilés.
Empilage de filtres ND : vous pouvez cumuler deux filtres pour obtenir des densités supérieures. Exemple : ND64 + ND1000 = 16 stops (×65 536). Attention toutefois à la perte de netteté potentielle et au vignettage sur grand-angle. Privilégiez des filtres de même marque et même qualité pour limiter les dominantes colorées.
Les pièges des filtres ND variables
Les ND variables (constitués de deux polarisants tournants superposés) sont pratiques : une seule bague permet d’ajuster la densité de 2 à 8 stops environ. Mais ils présentent trois défauts majeurs :
- Effet « X » ou croix sur grand-angle : au-delà de 6 stops et en dessous de 24 mm de focale, un motif en croix sombre apparaît au centre de l’image. Absolument rédhibitoire.
- Dominante colorée variable : selon la position de rotation, la teinte peut virer au bleu, vert ou magenta de façon imprévisible. Corrigeable en post-traitement RAW, mais très chronophage.
- Perte de netteté : les modèles bas de gamme dégradent significativement le piqué de l’objectif. Privilégiez impérativement des marques réputées (B+W, Hoya, H&Y, NiSi…) si vous optez pour un variable.
Mon conseil pratique : un ND variable pour de l’urbain/voyage léger (focales supérieures à 35 mm), un ND fixe ND1000 pour le paysage grand-angle exigeant. Les deux approches se complètent parfaitement.
6 — Pose longue de nuit : urbain, mer, ciel

La nuit, vous n’avez généralement aucun besoin de filtre ND. Le défi devient : contrôler le bruit numérique, gérer les hautes lumières extrêmes (lampadaires, enseignes LED), et réussir la mise au point dans l’obscurité quasi totale.
Réglages type « ville de nuit »
Configuration de base testée :
- Mode M (manuel), ISO 100–200
- Ouverture : f/8 à f/11 (ou f/4–f/5.6 si vous voulez créer des étoiles lumineuses spectaculaires autour des lampadaires — effet starburst)
- Vitesse : 4 à 15 s selon la luminosité ambiante réelle et l’effet recherché (traînées de phares)
- Balance des blancs : 3200–4000 K (tungstène) pour conserver une ambiance chaleureuse naturelle, ou auto si vous shootez en RAW et corrigerez en post
- Réduction du bruit longue exposition : activée pour les poses supérieures à 10 s (attention, cela double le temps d’attente après chaque photo car le boîtier prend une « dark frame »)
En centre-ville dense, les LED et néons créent des contrastes dynamiques extrêmes. Privilégiez une mesure spot sur une zone de tons moyens (façade moyennement éclairée, trottoir), puis verrouillez l’exposition (bouton AE-L). Si vous laissez la mesure matricielle décider, l’appareil sous-exposera souvent pour protéger les hautes lumières intenses.
J’ai testé cette méthode sur la Promenade des Anglais : à 8 s, f/8, ISO 100, l’ambiance nocturne est parfaitement respectée, les traînées de phares bien visibles et continues, et le bruit quasi inexistant sur mon Sony A7 III.
EXIF exemple : 8 s, f/8, ISO 100, 24mm
Réglages type « mer au crépuscule »
L’heure bleue (20–40 minutes après le coucher du soleil) est véritablement magique : suffisamment de lumière résiduelle pour conserver du détail dans le ciel, mais assez sombre pour allonger les poses sans aucun filtre ND.
Configuration de base testée :
- ISO 100
- f/8 à f/11
- Vitesse : 10 à 30 s (ajustez selon la luminosité résiduelle qui chute rapidement)
- Mise au point : sur l’horizon ou sur un rocher au premier plan, puis basculement immédiat en MF pour verrouiller
Le piège classique : la lumière chute très rapidement pendant l’heure bleue. Ce qui était parfaitement exposé à 15 s il y a 5 minutes peut nécessiter 25 s maintenant. Shootez systématiquement une image test toutes les 2–3 prises pour ajuster progressivement. J’ai personnellement raté plusieurs séries magnifiques au début en ne « suivant » pas assez rapidement la courbe descendante de lumière.
Pour approfondir les spécificités nocturnes en paysage, notre article dédié photographier des paysages nocturnes développe ces points techniques en détail.
Réglages type « astro/voie lactée »
Pour capturer la Voie lactée en points d’étoiles nets (pas de filé), respectez la « règle des 500 » :
Temps de pose maximum = 500 / focale équivalente plein format
Exemple pratique : avec un 24 mm sur capteur plein format, 500/24 ≈ 20 s. Au-delà, les étoiles commencent à former des traînées visibles.
Configuration de base astro :
- ISO 3200–6400 (oui, c’est élevé, mais absolument nécessaire pour capter la faible lumière stellaire)
- Ouverture maximale ou presque : f/2.8 à f/1.4 selon les capacités de votre objectif
- Vitesse : 15–25 s (strictement selon règle des 500 et votre focale)
- Mise au point manuelle sur l’infini réel : testez sur une étoile brillante en LiveView fortement zoomé (×10)
- Réduction du bruit désactivée pour ne pas perdre de temps précieux entre chaque pose (vous stackerez plusieurs images en post-traitement si nécessaire pour réduire le bruit)
Le bruit numérique sera inévitablement présent à ISO 6400, c’est un compromis technique incontournable. Mais en RAW, vous récupérerez énormément de qualité en post-traitement. Sur mes sorties astro en arrière-pays niçois (Pollution lumineuse minimale), j’accepte le bruit comme une « texture organique » : l’important, c’est de capter effectivement la Voie lactée et l’ambiance nocturne mystérieuse.
EXIF exemple astro : 20 s, f/2.8, ISO 6400, 14mm
7 — Pourquoi mes photos en pose longue sont floues ? (causes + solutions)

C’est LA frustration numéro un chez les débutants : « Je suis pourtant sur trépied, mais c’est systématiquement flou. » Voici les coupables invisibles et leurs solutions concrètes.
Vent, colonne centrale, sol instable
Vent : même modéré (15–20 km/h), il fait vibrer le trépied et surtout l’objectif qui agit comme une voile. Solutions éprouvées :
- Lestez impérativement le trépied (sac photo accroché sous la rotule, pierres posées sur les pieds si vraiment nécessaire).
- Abritez-vous physiquement derrière un muret, un gros rocher, ou même votre propre corps.
- Réduisez la hauteur du trépied : jambes à moitié déployées = stabilité considérablement accrue.
- Attendez une accalmie entre deux rafales pour déclencher (patience récompensée).
En montagne venteuse, j’ai perdu une série entière à 30 s par manque de lestage. Depuis, je leste systématiquement et je shoote en rafales courtes (3 images consécutives) pour maximiser les chances d’en obtenir au moins une parfaitement nette.
Colonne centrale : si elle est déployée à fond, elle agit comme un long levier amplifiant considérablement les vibrations. Préférez écarter davantage les jambes ou investir dans un trépied qui monte suffisamment haut sans colonne.
Sol mou ou instable : sable, terre meuble, ponton flottant, passerelle suspendue… les pieds s’enfoncent progressivement ou bougent imperceptiblement. Enfoncez fermement les pieds, attendez 10 bonnes secondes de stabilisation complète, puis seulement déclenchez. Sur un ponton, positionnez-vous au centre géométrique (moins de balancement structurel) et raccourcissez si possible le temps de pose.
Stabilisation active, miroir, obturateur, contacts tactiles
Stabilisation optique non désactivée : on l’a déjà vu, elle génère un flou parasite sur support fixe. Coupez-la systématiquement et sans exception.
Choc du miroir (reflex uniquement) : sur les appareils reflex, le relevage brutal du miroir génère une vibration mesurable. Activez impérativement le « miroir relevé » (MLU – Mirror Lock-Up) ou le mode « exposition retardée » si votre boîtier le propose. Sur hybride, aucun miroir donc aucun problème de ce type.
Obturateur mécanique vs électronique : l’obturateur mécanique vibre également légèrement. Si votre appareil propose un obturateur électronique totalement silencieux, activez-le pour éliminer toute vibration interne. Attention toutefois : sur certains sujets avec éclairage LED ou néons, l’obturateur électronique peut créer du banding disgracieux (bandes horizontales). Testez au préalable.
Toucher l’écran ou les boutons pendant la pose : cela semble évident, mais on l’oublie fréquemment dans l’excitation. Utilisez systématiquement le retardateur ou la télécommande, et ne touchez strictement plus à rien une fois la pose lancée.
Mise au point approximative et hyperfocale nocturne
Autofocus défaillant en faible lumière : l’AF patine, cherche désespérément, et se fixe souvent n’importe où. Faites impérativement la mise au point en LiveView fortement zoomé (×5 ou ×10) sur un point bien contrasté (étoile brillante, lampadaire lointain, arête nette de rocher), puis basculez immédiatement en MF pour verrouiller définitivement.
Hyperfocale approximative en paysage : si vous photographiez un paysage nocturne étendu, calculez précisément l’hyperfocale pour obtenir une netteté continue de l’avant-plan à l’infini. Exemple : 24 mm à f/8 sur plein format → hyperfocale ≈ 3 m. Faites la MAP sur un élément situé à 3 m, tout sera techniquement net de 1,5 m à l’infini. Des applications dédiées (PhotoPills, HyperFocal Pro, DOF Calculator) font le calcul instantanément pour vous.
Erreur fréquente et coûteuse : faire la mise au point sur « l’infini » en tournant simplement la bague à fond de course. Sur la majorité des objectifs modernes, la butée mécanique dépasse légèrement l’infini optique réel. Résultat garanti : un flou généralisé subtil mais destructeur. Faites TOUJOURS la MAP en LiveView zoomé, c’est l’unique méthode véritablement fiable.
Fuite de lumière par le viseur (erreur invisible)
Lorsque vous réalisez des poses de 1 à 5 minutes, de la lumière parasite peut s’infiltrer par le viseur optique (sur reflex) ou électronique (même éteint sur certains hybrides) et voiler progressivement l’image, créant une dominante ou une perte de contraste localisée.
Solution simple : utilisez systématiquement le cache-viseur fourni avec votre appareil (petit capuchon en caoutchouc souvent attaché à la courroie). Si vous l’avez égaré, un simple morceau de tissu opaque ou de gaffer noir collé sur le viseur fonctionne parfaitement. Cette précaution est particulièrement critique en plein jour avec filtre ND fort.
Hot pixels, amp glow et capteur chaud
En pose très longue (au-delà de 30–60 s), surtout par température ambiante élevée, le capteur chauffe et génère des artefacts spécifiques :
- Hot pixels : points lumineux colorés (rouge, vert, bleu) dispersés aléatoirement. Solution : activez la réduction du bruit longue exposition dans les menus (le boîtier prend une « dark frame » de même durée pour soustraire le bruit), ou corrigez manuellement en post-traitement.
- Amp glow : lueur magenta ou violette dans un coin de l’image (généralement angle inférieur). C’est une lueur résiduelle de l’amplificateur du capteur. Complètement normal sur poses de plusieurs minutes, réductible en post mais rarement éliminable à 100%.
Astuce température : shootez si possible par temps frais (soirée, nuit, hiver). Un capteur plus froid génère significativement moins de bruit thermique. Évitez les longues séries en plein été aux heures chaudes.
8 — Post-traitement rapide d’une pose longue
Une pose longue bien exposée sur le terrain nécessite généralement un post-traitement minimal. Voici le workflow léger que j’applique systématiquement sous Lightroom Classic (ou équivalent : Capture One, DxO PhotoLab, Darktable).
Workflow post-traitement en 5 étapes
- Correction de la dominante ND : même les bons filtres ND créent parfois une légère teinte (bleu, cyan, magenta). Ajustez la balance des blancs et la teinte pour retrouver des couleurs naturelles. Utilisez une pipette sur une zone neutre si disponible.
- Récupération des hautes lumières : en urbain nocturne, les lampadaires peuvent être cramés. Réduisez le curseur « Hautes lumières » (-30 à -70) pour récupérer du détail sans affecter le reste de l’image.
- Réduction du bruit ciblée : en pose longue nocturne, appliquez une réduction du bruit de luminance modérée (30–50). Évitez l’excès qui crée un rendu « plastique ». Le bruit de chrominance peut souvent être poussé plus fort (70–90) sans dégâts visuels.
- Micro-contraste et texture locale : ajoutez légèrement de clarté (+10 à +20) ou de texture pour redonner du « mordant » aux éléments nets (rochers, bâtiments). N’en abusez pas sur l’eau lissée qui doit rester douce.
- Nettoyage des poussières et gouttes : en pose longue, les poussières sur le capteur deviennent très visibles (surtout à f/11–f/16). Utilisez l’outil « Suppression des défauts » ou équivalent pour les éliminer proprement. Idem pour les gouttes d’eau sur le filtre ND.
Stacking d’images : pour les poses extrêmement longues (> 5 min) où le bruit devient problématique même avec réduction, ou pour l’astrophoto, prenez plusieurs images de durée moyenne (ex : 10 images de 30 s au lieu d’une de 5 min) et stackez-les en post (Photoshop : Statistiques > Médiane, ou logiciel dédié comme Sequator, Starry Landscape Stacker). Le bruit s’annule statistiquement, la qualité finale est supérieure.
9 — FAQ : 10 questions fréquentes sur la pose longue
Planification terrain : avant de partir shooter
Une pose longue réussie commence souvent avant même de sortir de chez vous. Voici les points à vérifier :
En résumé : votre plan d’action pour réussir vos premières poses longues
Vous disposez maintenant de tous les outils nécessaires pour sortir réaliser vos propres poses longues, même avec un équipement simple. Récapitulons les points absolument essentiels :
Prêt à passer concrètement à l’action ? Choisissez un spot accessible proche de chez vous (bord de mer, cascade urbaine, rue animée, parc avec plan d’eau), préparez méticuleusement votre check-list matériel, et sortez tester immédiatement ces réglages. Commencez simple : une cascade ou une fontaine en fin de journée, sans filtre ND, 2–5 s d’exposition. Puis ajoutez progressivement les variables (ND en plein jour, nuit urbaine avec traînées lumineuses, poses de plusieurs minutes). La pose longue, c’est véritablement 10% de théorie et 90% de terrain. Chaque sortie pratique vous apprendra infiniment plus qu’un article entier, même détaillé.

