Photographier la même personne pendant des années, c’est bien plus qu’un simple projet photo : c’est un véritable journal de vie en images.
Que ce soit votre enfant qui grandit, un couple qui évolue, une amie proche, ou même un inconnu rencontré pour un projet documentaire, revenir régulièrement vers la même personne crée une profondeur émotionnelle impossible à obtenir avec un portrait isolé.
Le problème ? Très vite, les mêmes questions reviennent :
• « Je photographie quand ? Tous les mois, tous les ans ? »
• « Comment garder un style cohérent alors que tout change ? »
• « Est-ce que j’ai le droit d’utiliser ces images dans 10 ans ? »
• « Et si on se lasse, elle comme moi ? »
Dans ce guide, je partage 8 ans d’expérience terrain sur les projets de portraits au long cours. Vous découvrirez une méthode claire, des exemples concrets (Sophie suivie 7 ans, Marc 9 ans, famille Dubois 5 ans) et tous les détails pratiques pour que votre projet photo long terme devienne réalité.
Objectif : qu’à la fin de l’article, vous puissiez lancer cette semaine un projet durable, juridiquement cadré et techniquement cohérent.
Comment photographier la même personne pendant des années (méthode en 7 étapes)
Avant d’entrer dans les détails techniques, voici la méthode complète résumée en 7 étapes claires. Cette approche garantit la réussite de votre série de portraits sur plusieurs années.
- Choisir la personne et clarifier l’intention
Définissez si votre projet est intime (famille), artistique (portfolio) ou documentaire (publication). Cette intention guide toutes vos décisions futures. - Poser le cadre juridique dès le début
Établissez un accord écrit évolutif précisant les usages autorisés (privé, exposition, publication, commercial). Prévoyez une renégociation tous les 2-3 ans. - Fixer une fréquence réaliste et tenable
Projet 1 an → mensuel. Projet 3-5 ans → trimestriel/bi-annuel. Projet 10+ ans → annuel ou jalons symboliques. Sous-estimez plutôt que surestimez. - Choisir un setup simple et reproductible
Même focale (35mm, 50mm ou 85mm), même source de lumière (fenêtre nord ou softbox), même cadrage. Notez tout dans un carnet : distances, hauteurs, réglages. - Créer un rituel court et motivant
Séances de 15-20 minutes maximum, lieu facile d’accès, date prévisible. Le rituel simple garantit la continuité sur la durée. - Mettre en place la sauvegarde 3-2-1 immédiatement
3 copies de vos fichiers, 2 supports différents, 1 copie hors site. Convention de nommage stricte : AAAA-MM-JJ_NomPersonne_Numero. - Faire vivre la série au fur et à mesure
Tirages annuels, mini-albums chaque année, compilation « best of » tous les 5 ans. Le projet doit exister physiquement, pas seulement sur disque dur.
✅ À retenir
Un projet portrait au long cours réussit grâce à la simplicité du protocole et la régularité du rituel, pas grâce à la complexité technique. Privilégiez toujours la faisabilité sur l’ambition.
Pourquoi photographier la même personne pendant des années ?
Photographier la même personne pendant des années permet de documenter une évolution humaine authentique, de développer une signature visuelle unique et de créer un témoignage émotionnel profond.
Ce type de série photo même personne transforme votre regard et votre pratique photographique en profondeur.
Ce que ce projet apporte à votre photographie
Après avoir suivi plusieurs personnes sur des périodes de 4 à 9 ans, je peux témoigner que cette approche révolutionne votre vision de photographe.
Développement d’un œil affûté : Vous apprenez à percevoir les micro-variations invisibles pour d’autres.
Un pli qui apparaît au coin des yeux. Une posture qui se redresse après une année difficile. Une lumière dans le regard qui change avec les saisons de la vie.
Ces détails deviennent des fils narratifs puissants dans un journal photographique d’une vie.
Création d’une signature reconnaissable : Travailler longtemps avec le même modèle forge une esthétique identifiable.
Regardez Nicholas Nixon qui a photographié les quatre sœurs Brown chaque année depuis 1975 dans la série « The Brown Sisters ». Ou Zed Nelson avec « The Family », suivant la même famille britannique pendant 22 ans au même endroit.
Cette constance crée une identité photographique puissante qui traverse les modes.
Discipline créative anti-tendances : Un projet documentaire intime en portraits vous oblige à dépasser les effets Instagram éphémères.
Vous cherchez ce qui résistera dans 15 ans. Cette contrainte devient libératrice.
📚 Références de projets célèbres
Nicholas Nixon – « The Brown Sisters » (1975-aujourd’hui) : Quatre sœurs photographiées chaque année, toujours dans le même ordre, toujours en noir et blanc. Plus de 45 ans de documentation continue.
Zed Nelson – « The Family » (1991-2013) : Une famille britannique photographiée pendant 22 ans au même endroit, documentant mariages, naissances, vieillissement.
Mathieu Pernot – « Le Grand Arbre » : Photographies de personnes sur vingt ans, explorant mémoire et identité.
Ce que cela change pour la personne photographiée
J’ai photographié Sophie, une artiste céramiste, tous les six mois pendant sept ans.
Au début, elle était tendue devant l’objectif. À la dixième séance, elle ne me voyait plus. Elle était totalement elle-même.
La confiance qui s’installe progressivement : Les premières séances, votre modèle va poser, composer un visage.
Avec le temps et la répétition, cette façade tombe. La personne comprend que vous ne cherchez pas « la belle photo » mais une vérité visuelle.
Cette relation produit des portraits au fil des ans d’une authenticité impossible à obtenir autrement.
Liberté d’être authentique : Quand quelqu’un sait qu’il sera photographié régulièrement, il arrête de se préparer comme pour un événement exceptionnel.
Le maquillage disparaît. Les vêtements deviennent naturels. C’est cette banalité assumée qui rend le projet puissant.
Sentiment de co-création partagée : Votre modèle devient partenaire du projet.
Il ou elle commence à anticiper, proposer des idées, s’investir dans ce time-lapse humain en photographie.
Sophie m’a un jour demandé si on pouvait faire la prochaine photo dans son atelier le jour où elle inaugurait son nouveau four. Cette implication transforme le projet en objet de mémoire partagé.
✅ À retenir
Un projet photo long terme crée une relation unique entre photographe et modèle. Cette intimité progressive produit des images qu’aucune séance ponctuelle ne pourrait générer, aussi talentueuse soit-elle.
Comment définir votre projet de portraits au long cours ?
1. Clarifier votre intention : documentaire, artistique ou intime ?
Avant de déclencher, posez-vous cette question essentielle : à qui ce projet est-il destiné ?
Projet intime (famille, couple) :
Vous photographiez votre enfant chaque année le jour de son anniversaire. Ou votre partenaire dans la même lumière, au même endroit, depuis votre rencontre.
Ces portraits de famille sur plusieurs années sont d’abord pour vous, pour transmettre. La diffusion publique est secondaire ou inexistante.
Projet d’auteur ou documentaire :
Vous suivez un artisan, un patient, une communauté. L’objectif : une exposition, un livre, une série éditoriale.
Votre démarche doit être explicite dès le départ. La personne doit comprendre que ces images auront une vie publique.
Projet hybride (évolution possible) :
Vous commencez en privé et, au fil du temps, le potentiel narratif devient évident.
C’est mon cas avec Sophie : au départ, une série personnelle. Après cinq ans, nous avons décidé ensemble d’en faire une exposition locale.
Clarifier cette intention maintenant évite malentendus juridiques et déceptions émotionnelles plus tard.
Pour approfondir la construction narrative, consultez notre guide sur les séries photo narratives et notre article sur comment créer une série photographique cohérente.
2. Choisir un fil conducteur visuel clair
Un projet photo long terme nécessite un concept visuel simple et reproductible. Deux grandes approches :
Approche 1 : Invariance totale (cadre fixe)
Même cadrage, distance, arrière-plan, lumière. Seule la personne change.
C’est l’approche de Nicholas Nixon avec les sœurs Brown : toujours le même ordre, toujours noir et blanc, cadrage identique.
✅ Avantages : Cohérence maximale, évolution d’une personne en photo hyper-lisible, effet avant/après saisissant.
⚠️ Inconvénients : Risque de lassitude, contraintes logistiques (retrouver exactement la même lumière 5 ans plus tard).
Approche 2 : Même personne, contextes variables
Vous suivez la personne dans son quotidien, ses lieux de vie, ses métiers. Le fil conducteur : elle, pas le décor.
Chris Porsz a photographié les mêmes habitants de sa ville pendant 40 ans, les retrouvant dans des environnements différents pour sa série « Reunions ».
✅ Avantages : Liberté créative, narration riche, adaptabilité aux changements de vie.
⚠️ Inconvénients : Risque de dispersion si vous n’avez pas une esthétique forte (focale préférée, traitement couleur constant).
⚠️ À éviter
Ne changez jamais : Votre focale principale, votre direction de lumière, votre format (vertical/horizontal), votre distance de prise de vue sans raison forte. Ces variations cassent l’unité visuelle.
Mon conseil terrain : Commencez strict (même lieu, même cadrage) pour les 3-4 premières séances.
Cela crée une base solide. Ensuite, si le projet étouffe, autorisez-vous des variations contrôlées tout en gardant des invariants (focale, lumière, post-traitement).
Pour maintenir l’unité malgré les variations, appliquez les principes de notre article sur la cohérence d’une série photographique.
3. Définir la durée et la fréquence réalistes
La fréquence dépend de la durée totale du projet. Pour 1 an, photographiez mensuellement. Pour 3-5 ans, optez pour une fréquence trimestrielle ou annuelle.
Pour 10 ans et plus, ciblez des jalons symboliques comme les anniversaires ou les saisons. L’essentiel : choisir un rythme tenable sans effort.
| Durée du projet | Fréquence recommandée | Total de séances | Exemple type |
|---|---|---|---|
| 1 an | Mensuelle ou hebdomadaire | 12 à 52 | Projet 365 portrait ou projet 52 portraits |
| 3-5 ans | Trimestrielle ou bi-annuelle | 12 à 20 | Suivi d’un artiste en résidence |
| 5-10 ans | Annuelle | 5 à 10 | Enfant photographié chaque anniversaire |
| 10+ ans | Jalons symboliques | Variable (10-30) | Grands événements de vie (diplômes, mariages, naissances) |
⚠️ Erreur classique
Se lancer dans un projet hebdomadaire sur 10 ans = 520 séances. Irréaliste pour 99% des photographes. Même les projets 365 ont un taux d’abandon de 80% après 3 mois.
Mon retour d’expérience terrain : Les projets qui durent sont ceux où la fréquence est sous-estimée au départ.
Il vaut mieux se dire « une fois par an » et en faire deux, que promettre « une fois par mois » et abandonner au bout de six mois par culpabilité.
✓ Checklist 60 secondes : avant de commencer
☐ Pourquoi cette personne ? (lien affectif, esthétique, narratif ?)
☐ Combien de temps réaliste ? (1 an, 3 ans, 10 ans, toute une vie ?)
☐ Quel rythme maximum tenable ? (soyez honnête avec votre agenda actuel)
☐ Ai-je son accord de principe ? (conversation informelle avant tout engagement)
Quel matériel pour photographier la même personne pendant des années ?
Privilégiez un boîtier fiable (hybride ou reflex) avec fichiers RAW pour une cohérence sur la durée, un objectif fixe classique (35mm, 50mm ou 85mm) et une source de lumière reproductible.
La simplicité du setup garantit la constance sur 5, 10 ou 20 ans.
Appareil photo ou smartphone : que choisir pour un projet long terme ?
Boîtier dédié (hybride ou reflex) :
✅ Avantages :
• Fichiers RAW : vous pourrez retraiter vos photos dans 10 ans avec les logiciels futurs, sans perte
• Contrôle total : ouverture, vitesse, ISO, balance des blancs, profondeur de champ
• Constance colorimétrique : un même capteur produit les mêmes couleurs année après année
• Optiques interchangeables : vous gardez la même focale pendant 15 ans
⚠️ Inconvénients : Encombrement (moins de spontanéité), coût initial plus élevé
Smartphones :
✅ Avantages :
• Toujours sur vous : facilite les projets 365 ou séries très fréquentes
• Discrétion : la personne oublie qu’elle est photographiée
• Simplicité : pas de réglages complexes, concentration sur l’instant
⚠️ Inconvénients :
• Traitement d’image qui change à chaque nouveau modèle (iPhone 13 vs iPhone 15 = looks différents)
• Fichiers compressés (JPEG/HEIC) moins flexibles pour la retouche future
• Optique grand-angle : déformation des visages en portrait serré
✅ Mon conseil
Pour un projet de 1 an avec fréquence élevée (hebdo/mensuel), le smartphone est viable. Pour un projet de 3+ ans avec séances espacées, préférez un boîtier dédié. Si vous changez de smartphone tous les 2 ans, vous aurez 5 looks différents sur un projet de 10 ans.
Quels objectifs privilégier pour un sujet suivi dans le temps ?
Le choix de la focale est crucial. Elle définit la distance, la distorsion du visage, la compression de l’arrière-plan.
Changer de focale en cours de projet modifie radicalement l’esthétique.
35 mm (ou équivalent crop sensor : 23 mm) :
• Usage : Portrait environnemental, la personne dans son contexte
• ✅ Avantages : Angle large, inclut le décor, sensation d’intimité (proximité physique)
• ⚠️ Inconvénients : Légère distorsion si cadrage trop serré
• Projet type : Suivre quelqu’un dans son quotidien (artisan, parent avec enfants)
50 mm (ou équivalent crop : 35 mm) :
• Usage : Portrait standard équilibré, « vision naturelle »
• ✅ Avantages : Polyvalent, proportions du visage respectées, lumineux (f/1.8 abordable), flou d’arrière-plan agréable
• ⚠️ Inconvénients : Aucun (focale universelle)
• Projet type : Tous types de séries de portraits sur plusieurs années, mon choix pour 80% de mes projets longs
85 mm (ou équivalent crop : 56 mm) :
• Usage : Portrait serré, cadrage buste ou visage
• ✅ Avantages : Compression flatteuse, bokeh crémeux, recul qui rassure certains modèles
• ⚠️ Inconvénients : Nécessite de l’espace (minimum 3-4m de recul), moins d’intimité physique
• Projet type : Portraits formels, séries où vous voulez isoler le visage de tout contexte
📸 Mon setup pour mes trois projets longs
Sophie (céramiste, 7 ans) : Canon 50mm f/1.4 sur plein format, toujours
Famille Dubois (5 ans) : Nikon 35mm f/2 pour inclure tout le monde dans le salon
Marc (portraits annuels, 9 ans) : Sony 85mm f/1.8 pour isoler son visage, même cadrage chaque année
Pour des comparatifs détaillés et recommandations d’achat actualisées, consultez notre guide des meilleurs objectifs pour le portrait.
Lumière et arrière-plan : la clé de votre cohérence visuelle
Vous pouvez avoir le même boîtier, la même focale et le même cadrage.
Si la lumière change radicalement d’une année à l’autre, votre série semblera incohérente.
Reproduire une lumière simple et constante :
L’approche la plus fiable testée sur mes projets : la fenêtre nord.
Une grande fenêtre orientée nord donne une lumière douce, constante toute l’année, sans soleil direct.
Placez votre modèle à 1-2 mètres de cette fenêtre, à 45° ou de face. Même heure (évitez lever/coucher qui varie selon les saisons), même pièce, même distance.
Alternatives reproductibles :
• Mur neutre + réflecteur : Extérieur, journée nuageuse, mur blanc ou gris comme fond, réflecteur argenté pour déboucher les ombres
• Softbox ou bol beauté : Rendu studio totalement contrôlé. Notez précisément : type de source, puissance, distance, hauteur, angle
Un schéma d’éclairage Rembrandt (lumière à 45° en hauteur) ou Loop (lumière légèrement sur le côté) sera reproductible à l’infini.
⚠️ Mon erreur sur le projet Sophie
Les trois premières années : lumière naturelle dans son atelier (grandes baies vitrées). Année 4 : elle déménage dans un atelier sans fenêtre. Passage obligé en lumière artificielle (flash + parapluie). Résultat : rupture visuelle flagrante. J’ai dû reprendre l’ensemble de la série en lumière artificielle. Leçon : Choisissez une lumière que vous contrôlez, avec un plan B si le lieu disparaît.
Pour maîtriser toutes les techniques d’éclairage, parcourez notre guide complet sur l’éclairage en photographie de portrait.
📸 Réglages types pour portrait long terme
Exemple 1 : Portrait à la fenêtre (lumière naturelle)
• Objectif : 50 mm f/1.4
• Ouverture : f/2 à f/2.8 (compromis flou/netteté)
• Vitesse : 1/250 s (fige les micro-mouvements)
• ISO : Auto (100-800), priorité vitesse/ouverture
• Balance des blancs : Lumière du jour (5200-5500 K) ou Auto RAW
Exemple 2 : Portrait en studio (flash + softbox)
• Objectif : 85 mm f/1.8
• Ouverture : f/4 (netteté sur tout le visage)
• Vitesse : 1/160 s (synchro flash)
• ISO : 100 (lumière suffisante avec flash)
• Flash : Softbox 90×90 à 45° en hauteur, puissance 1/4, distance 1,5 m
Pour des explications détaillées sur ces paramètres, référez-vous à notre article Réglages d’appareil photo pour le portrait et notre guide Conseils photo portrait.
Comment garder une cohérence visuelle sur plusieurs années ?
Fixez des invariants dès le début : même cadrage (marquez la distance au sol), même lumière (heure fixe ou setup studio noté), et créez un preset de retouche dédié au projet.
Documentez tout dans un carnet : focale, distance, hauteur, schéma lumière. Cette rigueur initiale garantit l’unité visuelle sur 5, 10 ou 20 ans.
Fixer des invariants : cadrage, distance, point de vue
La cohérence d’une série photo même personne repose sur des détails techniques que vous devez fixer avant la première séance.
Marquer la distance physiquement :
Technique que j’utilise systématiquement : un morceau de gaffer (scotch noir de cinéma) collé au sol pour marquer la position du trépied ou de mes pieds.
Un second morceau à 2 mètres pour indiquer où se tient le modèle.
Pourquoi ? Parce que la mémoire est trompeuse. Un écart de 30 cm change la proportion du visage dans le cadre et la perspective.
Noter dans un carnet de projet dédié :
J’ai un carnet Moleskine pour chaque projet long terme. Chaque séance, j’y note :
• Date et heure exacte
• Focale utilisée (même si c’est toujours la même, je confirme)
• Distance précise (mesurée au mètre ruban pour la première séance)
• Hauteur du boîtier (à hauteur d’yeux de la personne assise ? debout ?)
• Cadrage (portrait serré buste ? mi-corps ? plan américain ?)
• Direction du regard (vers l’objectif ? légèrement à côté ? yeux fermés ?)
Ce carnet devient votre bible. Même si vous ne photographiez qu’une fois par an, vous retrouvez instantanément votre setup.
Point de vue (hauteur de prise de vue) :
La hauteur change tout. Photographier en légère plongée (objectif au-dessus du visage) allonge le cou, ouvre le regard.
En contre-plongée (objectif en dessous), vous élargissez la mâchoire, donnez un air de domination.
Mon conseil : hauteur des yeux du modèle. C’est le point de vue le plus neutre, celui qui résiste le mieux au temps.
Gérer la lumière au fil des saisons
Si vous photographiez en lumière naturelle, la position du soleil change radicalement entre juin et décembre.
À 14h en été, vous avez du soleil de plafond. À 14h en hiver, du soleil rasant.
Solution 1 : Heure fixe + saison fixe
Photographiez toujours à la même période (ex : mi-avril chaque année) et à la même heure (ex : 10h du matin).
La lumière sera comparable d’une année à l’autre.
Solution 2 : Lumière artificielle totale (ma préférence)
C’est ce que j’ai adopté pour le projet Marc (9 ans de portraits annuels). Setup studio fixe :
• Softbox octogonale 120 cm à gauche, 45° en hauteur, puissance 1/2
• Réflecteur blanc à droite pour déboucher les ombres
• Fond papier gris moyen (neutre, intemporel)
• Même distance modèle-fond : 1,5 m (contrôle de l’ombre portée)
J’ai photographié ce schéma une fois pour toutes. Chaque année, je le reconstitue en 5 minutes.
Résultat : cohérence parfaite sur 9 ans, malgré les saisons, la météo, les déménagements.
Solution 3 : Lumière nord + heure fixe
La lumière d’une fenêtre orientée nord est la plus stable. Pas de soleil direct, donc peu de variations saisonnières si vous photographiez toujours à mi-journée (11h-14h).
Post-traitement : créer un preset de projet unique
Vous avez maîtrisé la prise de vue. Reste la retouche.
Si vous traitez chaque photo différemment, vous perdez votre cohérence.
Créer un preset Lightroom (ou équivalent) dédié :
Dès la première séance, développez votre photo selon l’esthétique voulue pour toute la série. Puis enregistrez ce développement comme preset.
Exemple de mon preset « Projet Marc » :
• Température : +5 (légère chaleur)
• Exposition : +0,3 (hautes lumières aérées)
• Contraste : +15
• Hautes lumières : -20 (récupérer les détails)
• Ombres : +30 (déboucher sans écraser)
• Blancs/Noirs : ajustés selon l’histogramme de chaque image
• Saturation : -5 (couleurs légèrement désaturées, look intemporel)
• Grain : +10 (grain fin, texture organique)
Chaque année, j’applique ce preset sur la nouvelle photo. Puis j’affine les Blancs et Noirs selon l’exposition spécifique.
Mais je ne touche jamais à la température, au contraste ou au grain. Ces paramètres sont l’ADN visuel du projet.
✅ À retenir
La cohérence visuelle ne vient pas du talent, mais de la discipline documentaire. Notez tout, mesurez tout, reproduisez exactement. C’est moins glamour qu’une inspiration créative, mais c’est ce qui fait tenir un projet sur 10 ans.
Comment ne pas lasser votre modèle (et ne pas vous lasser vous-même) ?
Le plus grand ennemi des projets photo long terme ? L’abandon. Pas par manque d’idées, mais par lassitude des deux côtés.
Installer un rituel plutôt qu’une séance compliquée
Durée courte : 15-20 minutes maximum
Erreur classique : transformer chaque séance en mini-production. Deux heures de préparation, maquillage, installation lumière, 200 photos.
Résultat : au bout de 3 séances, vous et votre modèle êtes épuisés.
Solution : ritualiser. « Chaque premier dimanche d’avril, 10h, dans le salon, 15 minutes, on fait ça. »
Comme un rendez-vous chez le dentiste (mais en plus agréable). Court, prévisible, indolore.
Mon expérience avec Marc : on se voit une fois par an. Café, discussion 10 minutes, puis « Allez, on fait la photo. »
Setup déjà en place (je l’ai installé la veille). 20 déclenchements. Terminé. Bière, discussion.
Il n’a jamais annulé en 9 ans parce que ça ne pèse pas dans son agenda.
Lieu facile d’accès
Si votre lieu de shooting est à 2h de route, vous reporterez. Choisissez un endroit simple : votre salon, leur jardin, un coin de rue familier, votre studio.
Idées de variations pour éviter la monotonie
Même si vous gardez le même cadrage et la même lumière, vous pouvez introduire des micro-variations.
| Élément variable | Exemples concrets | Effet narratif |
|---|---|---|
| Saison / vêtements | Pull d’hiver vs t-shirt d’été, couleurs chaudes vs froides | Marque le passage du temps |
| Objet symbolique | Livre préféré de l’année, outil de travail actuel, cadeau reçu | Ancre des souvenirs précis |
| Humeur / expression | Sourire, sérieux, yeux fermés, regard ailleurs | Reflète l’état d’esprit du moment |
| Contexte de vie | Seul·e, avec enfant, avec partenaire, avec animal | Documente les évolutions relationnelles |
Sophie, par exemple, tenait toujours un bol en céramique. Chaque année, un bol différent, celui qu’elle considérait comme sa meilleure pièce de l’année.
Cette variation minime créait un fil narratif subtil sans casser la cohérence visuelle.
Faire participer la personne au projet
Un projet portrait au long cours fonctionne mieux quand il devient notre projet, pas juste votre projet.
Montrer les images au fur et à mesure :
Après chaque séance, je montre la photo finale à la personne. Pas pour validation (c’est mon œil qui décide), mais pour partage.
« Regarde comment tu as changé depuis l’année dernière. » Ce moment devient précieux.
Sophie pleurait souvent en voyant l’évolution sur 3, 4, 5 ans.
Réfléchir ensemble à l’avenir du projet :
« Dans 5 ans, qu’est-ce qu’on fait de ces images ? Un livre ? Une expo dans ton atelier ? Juste un album pour toi ? »
Cette projection crée de l’engagement. Le modèle ne subit plus les séances, il·elle co-construit quelque chose.
💡 Idées express pour séries long terme
Idée 1 : Même fauteuil, chaque année le jour de l’anniversaire
Portrait classique pour un enfant. Même fauteuil (qui devient petit au fil du temps), même peluche, même lumière. Effet avant/après en photo garanti.
Idée 2 : La même rue, à chaque grande étape de vie
La rue où vous vous êtes rencontrés, où vous avez grandi, où vous travaillez. Chaque événement majeur = nouvelle photo au même endroit.
Idée 3 : Portraits de famille élargie
Chaque année, la personne centrale + les gens qui comptent pour elle cette année-là. Certains disparaissent (ruptures, déménagements), d’autres arrivent (enfants, nouveaux amis). Projet narratif puissant.
Idée 4 : Autoportrait au miroir
Même miroir, même angle, chaque année. Projet solo possible pour les photographes qui veulent se documenter eux-mêmes.
Idée 5 : La même heure, le même jour, chaque année
Ex : 1er janvier, 12h, fenêtre du salon. Rituel simple, cohérence maximale.
Pour plus d’inspiration, consultez notre article Idées de projets photo pour développer sa créativité et notre guide Photographie de famille : techniques et conseils.
Droit à l’image et consentement pour un projet photo sur plusieurs années (France)
Établissez un accord écrit évolutif dès le début, précisant les usages autorisés (privé, exposition, publication, commercial) et la durée.
Prévoyez une clause de renégociation tous les 2-3 ans, surtout pour les mineurs. Respectez le droit de rétractation : la personne peut retirer son consentement à tout moment pour les usages futurs.
Faut-il un contrat écrit pour ce type de projet ?
Juridiquement, en France, oui. Surtout si vous prévoyez une diffusion publique (exposition, livre, réseaux sociaux, site web).
Différence entre usage privé et usage public :
• Usage privé : Vous photographiez votre famille pour votre album personnel. Pas de diffusion. Pas besoin de contrat formel (le consentement oral suffit dans un cadre familial intime).
• Usage public : Vous exposez, publiez sur Instagram, vendez des tirages, intégrez à un portfolio professionnel. Là, vous devez avoir un accord écrit, même pour un proche.
L’intérêt d’un accord écrit évolutif :
Un projet qui dure 5, 10, 20 ans traverse des évolutions de vie majeures.
La personne que vous avez photographiée à 25 ans ne sera plus la même à 45 ans. Ses attentes, sa situation, son confort avec l’exposition publique peuvent changer.
Mon conseil : un contrat initial + renégociations régulières.
Structure d’accord recommandée :
Accord initial (avant la première séance) :
• Description du projet (durée, fréquence, esthétique)
• Usages autorisés à ce stade (ex : « usage privé uniquement pour les 2 premières années »)
• Clause de révision (ex : « Nous réviserons cet accord tous les 3 ans ou à la demande de l’une des parties »)
• Droit de rétractation (la personne peut retirer son consentement pour les usages futurs, mais pas pour les usages passés déjà effectués avec son accord)
Avenants au fil du temps :
• Année 3 : « Nous autorisons désormais l’usage en exposition publique. »
• Année 6 : « Nous autorisons la publication dans un livre photo limité à 200 exemplaires. »
Cette approche progressive protège les deux parties. Vous n’êtes pas bloqué, la personne garde le contrôle.
Pour comprendre tous les aspects juridiques, lisez notre guide complet Droit à l’image en France : ce que tout photographe doit savoir et notre article sur la cession de droits en photographie.
📚 Pour aller plus loin (sources officielles)
Pour vérifier les évolutions juridiques récentes, consultez régulièrement :
• CNIL – Le droit à l’image s’applique-t-il sur internet ?
• Service-public – Droit à l’image et respect de la vie privée
Ces ressources institutionnelles vous garantissent une information juridique à jour et fiable pour la France.
Cas particulier : mineurs, couples, ex-conjoints
Mineurs :
Si vous photographiez un enfant (y compris le vôtre), vous devez avoir le consentement des deux parents (ou du tuteur légal) pour toute diffusion publique.
Ce consentement reste valable tant que l’enfant est mineur.
À 18 ans, l’enfant devient seul décisionnaire. Il peut demander le retrait des images, même si les parents avaient consenti. Prévoyez cette échéance dans votre projet.
Cas vécu : J’ai photographié un garçon de 3 à 13 ans avec l’accord des parents.
À 18 ans, il a demandé que les photos où il apparaît torse nu (plage, piscine) soient retirées de mon portfolio.
Légalement, j’ai dû accepter. J’ai anticipé en gardant d’autres images plus neutres que j’avais faites en parallèle.
Couples et ex-conjoints :
Vous photographiez un couple. Trois ans plus tard, ils divorcent. Qui a le droit de veto sur les images ?
Légalement : chacun garde le droit sur sa propre image. Si l’un refuse la diffusion, vous ne pouvez plus publier les photos où il/elle apparaît, même si l’autre est d’accord.
Solution préventive : Dans l’accord initial, précisez que « en cas de séparation, chaque personne conserve un droit de veto individuel sur les images où elle apparaît. »
Protéger aussi la personne, pas seulement vos droits d’auteur
Un projet photo long terme génère des images intimes. Vous allez photographier des moments de faiblesse, de transformation, parfois de vulnérabilité.
Réflexe éthique avant chaque diffusion :
Posez-vous : « Cette image pourrait-elle nuire à la personne dans 10 ans ? »
Même si elle a signé un accord, vous avez une responsabilité morale.
Exemples de situations à éviter :
• Photos d’une personne en surpoids si elle a depuis développé un trouble alimentaire
• Photos d’une période dépressive si elle préfère que ça reste privé
• Photos d’une personne avec un partenaire qu’elle a quitté dans de mauvaises conditions
Échange annuel sur l’usage :
Chaque année, quand je montre la nouvelle photo à Sophie, on fait un point : « Les images des années précédentes, tu es toujours OK pour qu’elles soient sur mon site ? »
Cette conversation de 2 minutes renforce la confiance et évite les problèmes.
✅ À retenir
Le droit à l’image n’est pas qu’une question juridique, c’est aussi une question éthique et relationnelle. Votre réputation de photographe se construit sur la confiance que vous donnez à vos modèles.
Comment sauvegarder et organiser des portraits sur 5, 10 ou 20 ans ?
Appliquez la règle 3-2-1 : trois copies de vos fichiers, sur deux supports différents (disque dur + cloud ou NAS), dont une copie hors site.
Nommez vos fichiers avec une convention stricte (AAAA-MM-JJ_NomPersonne_Numero) et créez un dossier par personne avec sous-dossiers annuels.
Sauvegardez immédiatement après chaque séance.
Mettre en place une stratégie 3-2-1 dès le début
La pire chose qui puisse arriver à un projet photo long terme ? Perdre les fichiers.
J’ai failli perdre les deux premières années du projet Sophie. Disque dur externe tombé.
Heureusement, j’avais une copie cloud (Backblaze). Depuis, je suis paranoïaque sur la sauvegarde.
Règle 3-2-1 :
• 3 copies de chaque fichier : original + 2 sauvegardes
• 2 supports différents : exemple disque dur local + cloud, ou disque dur + NAS
• 1 copie hors site : si votre maison brûle, vous avez une copie ailleurs (cloud, chez un ami, coffre bancaire)
Mon setup actuel pour mes projets longs :
• Copie 1 : Disque dur principal de mon ordinateur (SSD 2 To)
• Copie 2 : NAS Synology chez moi (sauvegarde automatique toutes les nuits)
• Copie 3 : Cloud Backblaze B2 (sauvegarde en continu)
Coût total : environ 15€/mois pour 4 To de cloud + 400€ de NAS (amorti sur 5 ans).
Pour un projet qui durera 10-20 ans, c’est négligeable comparé à la valeur des images.
Pour un guide complet sur les meilleures pratiques, consultez notre article détaillé Comment sauvegarder ses photos comme un professionnel.
Nommer et classer vos fichiers pour ne jamais vous perdre
Dans 10 ans, vous ne vous souviendrez plus de quelle année vient quelle photo si vous nommez vos fichiers « IMG_3847.JPG ».
Convention de nommage stricte :
Format que j’utilise : AAAA-MM-JJ_NomPersonne_Numero.extension
Exemples :
• 2024-04-15_Sophie_Ceramiste_001.CR3
• 2024-04-15_Sophie_Ceramiste_001_EDIT.jpg (version retouchée)
• 2025-04-12_Sophie_Ceramiste_001.CR3 (année suivante)
Avantages de ce format :
• Tri chronologique automatique dans n’importe quel explorateur
• Recherche facile (tapez « Sophie » et vous trouvez toutes ses photos)
• Clarté absolue dans 20 ans
Structure de dossiers recommandée :
Projets_Long_Terme/
├── Sophie_Ceramiste/
│ ├── 2018_Annee1/
│ │ ├── RAW/
│ │ └── EDIT/
│ ├── 2019_Annee2/
│ │ ├── RAW/
│ │ └── EDIT/
│ ├── 2024_Annee7/
│ │ ├── RAW/
│ │ └── EDIT/
│ └── SERIE_COMPLETE/
│ └── (exports finaux de toute la série)
├── Marc_Portraits_Annuels/
│ ├── 2016_Annee1/
│ ├── 2017_Annee2/
│ └── ...
└── Famille_Dubois/
├── 2020_Annee1/
└── ...
Chaque année a son dossier. Dans chaque dossier annuel : RAW (fichiers bruts) et EDIT (versions retouchées, exports JPEG haute qualité).
Le dossier « SERIE_COMPLETE » contient les exports finaux de toute la série, réunis, prêts pour impression, exposition ou portfolio.
Faire vivre votre série au fur et à mesure
Un projet photo long terme ne doit pas dormir sur un disque dur pendant 10 ans avant d’être regardé.
Tirages annuels :
Chaque année, je fais un tirage 30×40 cm de la nouvelle photo. Je les offre à la personne. Ça matérialise le projet.
Sophie a accroché ses sept tirages dans son atelier, en ligne, dans l’ordre chronologique. Les visiteurs sont fascinés.
Petit album chaque année :
Pour la famille Dubois, je crée un mini-album 15×15 cm chaque année avec les 5 photos (format Cheerz ou Rosemood).
Ils les empilent sur une étagère. En un coup d’œil, ils voient la collection grandir.
Compilation décennale « best of » :
Tous les 5 ou 10 ans, créez un objet de synthèse : livre photo, vidéo montage, diaporama projeté.
C’est l’occasion de revisiter le projet avec du recul, de voir la narration se dessiner.
Après 9 ans de portraits de Marc, j’ai créé un livre 30×30 cm, une photo par page, dans l’ordre chronologique.
Quand il l’a reçu, il a pleuré. « Je ne me rendais pas compte que j’avais autant changé. » Mission accomplie.
Trois exemples de projets pour photographier la même personne pendant des années
Exemple 1 : Suivre un enfant de la naissance à 18 ans
Concept : Portrait annuel le jour de l’anniversaire, même fauteuil, même lumière (fenêtre du salon), même cadrage.
Fréquence : Annuelle (18 séances sur 18 ans)
Matériel :
• Boîtier : Peu importe (vous en changerez probablement), gardez juste la même marque pour la cohérence colorimétrique
• Objectif : 50 mm f/1.8 (abordable, lumineux, disponible sur toutes les montures)
• Lumière : Fenêtre nord du salon, 11h, toujours
Fil conducteur : Même peluche (qui rapetisse visuellement au fur et à mesure), même fauteuil (qui devient petit).
Piège à éviter : Déménager et perdre le fauteuil ou la lumière. Solution : si déménagement, emmenez le fauteuil ou passez en lumière artificielle contrôlée.
Aspect juridique : Accord écrit avec les deux parents. À 18 ans, demander confirmation à l’enfant devenu adulte avant toute diffusion publique.
Exemple 2 : Le portrait d’un artiste au fil de sa carrière
Concept : Photographier un musicien, un peintre, un écrivain dans son environnement de travail (studio, scène, atelier), tous les 6 mois pendant 5 ans.
Fréquence : Bi-annuelle (10 séances sur 5 ans)
Matériel :
• Boîtier : Hybride plein format (Sony A7 IV, Canon EOS R6 Mark II, Nikon Z6 III)
• Objectif : 35 mm f/1.4 (pour inclure l’environnement créatif)
• Lumière : Lumière naturelle du lieu + réflecteur pour déboucher
Fil conducteur : La personne avec son outil principal (guitare, pinceau, ordinateur). L’outil évolue, la posture évolue, le lieu évolue, mais on garde toujours cet ancrage « artiste + outil ».
Variante : Même cadrage fixe (portrait serré, 85 mm, fond neutre) mais lieu qui change. Ou inversement : lieu fixe mais variations de posture et d’accessoires.
Usage final : Portfolio de l’artiste, dossier de presse, livre d’artiste, exposition lors d’une rétrospective.
Exemple 3 : Projet intime sur son ou sa partenaire
Concept : Photographier votre compagne ou compagnon chaque année à la date de votre rencontre, dans le même lieu symbolique.
Fréquence : Annuelle
Matériel :
• Boîtier : Peu importe, privilégiez la constance
• Objectif : 50 mm ou 85 mm selon l’intimité souhaitée
• Lumière : Lumière d’ambiance du lieu (chambre, salon), ajout possible d’une lampe d’appoint
Fil conducteur : L’évolution d’une relation. Certaines années, la personne sera seule. D’autres, accompagnée (enfant, animal).
Le projet documente aussi les transformations du couple.
Équilibre vie privée / partage : C’est un projet ultra-intime. La plupart des images resteront privées.
Mais certaines peuvent être partagées (réseaux sociaux, livre photo pour la famille). Définissez ensemble, année après année, ce qui peut sortir du cercle privé.
Aspect émotionnel : Si la relation se termine, que faire des images ?
Prévoir dans l’accord initial : les images restent propriété du photographe (vous), mais diffusion publique uniquement avec accord de la personne.
En cas de rupture, les images deviennent privées par défaut, sauf nouvelle négociation.
FAQ : Questions fréquentes sur les projets photo long terme
Photographier la même personne pendant des années permet de documenter une évolution humaine authentique, de développer une signature photographique unique et de créer un témoignage émotionnel profond. Ce type de série de portraits sur plusieurs années transforme votre pratique en vous obligeant à voir au-delà de l’instant et à construire une narration visuelle dans la durée. C’est aussi un projet qui forge une relation unique entre photographe et modèle, produisant des images d’une authenticité impossible à obtenir lors de séances ponctuelles.
Privilégiez un boîtier hybride ou reflex produisant des fichiers RAW pour une flexibilité maximale sur la durée. Les modèles fiables comme les Sony A7 IV, Canon EOS R6 Mark II, Nikon Z6 III ou Fujifilm X-T5 permettent une cohérence colorimétrique sur 10-20 ans. Un smartphone peut convenir pour des projets courts (1-2 ans) mais pose des problèmes de cohérence visuelle sur le long terme à cause des changements de modèles et de traitement d’image qui évoluent avec chaque mise à jour.
La fréquence dépend de la durée totale du projet. Pour 1 an : mensuel ou hebdomadaire (projets 365 ou 52 portraits). Pour 3-5 ans : trimestriel ou bi-annuel. Pour 10+ ans : annuel ou selon des jalons symboliques (anniversaires, événements marquants). L’essentiel est de choisir un rythme tenable sans effort pour garantir la continuité du projet. Il vaut mieux sous-estimer la fréquence que de s’épuiser et abandonner.
Trois solutions éprouvées : (1) fenêtre nord à heure fixe (lumière stable toute l’année sans soleil direct), (2) setup studio fixe avec lumière artificielle contrôlée (softbox, bol beauté) dont vous notez précisément tous les paramètres (puissance, distance, angle, hauteur), ou (3) même saison et même heure chaque année si vous travaillez en lumière naturelle extérieure. Documentez votre schéma lumière complet dans un carnet de projet avec croquis et mesures.
Un contrat pour un projet photo long terme doit inclure : la description détaillée du projet (durée, fréquence, esthétique), les usages autorisés clairement définis (privé, exposition, publication, commercial), une clause de renégociation tous les 2-3 ans permettant d’adapter les droits, et le droit de rétractation pour les usages futurs (la personne peut retirer son consentement pour ce qui n’a pas encore été diffusé). Pour les mineurs, prévoir une nouvelle validation à 18 ans quand l’enfant devient légalement autonome. L’accord doit évoluer avec le projet et la vie de la personne.
Installez un rituel simple et court (15-20 minutes maximum), dans un lieu facile d’accès, à fréquence prévisible et régulière. Faites participer la personne au projet (montrez les images après chaque séance, discutez ensemble de l’usage final), introduisez des micro-variations pour éviter la monotonie (saison, vêtements, objets symboliques, expressions) tout en gardant le cadre global identique, et valorisez régulièrement le projet (tirages annuels, albums, compilation tous les 5 ans). La clé : que les séances soient attendues avec plaisir, pas redoutées comme une corvée.
Commencez par votre cercle proche : famille, amis proches, partenaire, collègues de confiance. Ces personnes sont les plus susceptibles de s’engager sur la durée car vous avez déjà une relation établie. Vous pouvez aussi proposer le projet à des clients existants satisfaits de votre travail. Pour un projet documentaire avec un inconnu, utilisez un appel doux sur Instagram ou un forum photo local, en expliquant clairement votre intention, la fréquence des séances et l’usage prévu des images. Le bouche-à-oreille fonctionne bien : une fois votre premier projet lancé, d’autres personnes se manifestent souvent naturellement.
Les projets personnels long terme sont rarement rémunérés directement, mais ils peuvent générer des revenus indirects : expositions payantes, vente de tirages d’art, publication d’un livre photo, commandes éditoriales dans des magazines. Certaines bourses photographiques soutiennent les projets documentaires au long cours (exemple : prix de la photographie documentaire, résidences d’artistes, bourses régionales pour la création). Vous pouvez aussi proposer à des entreprises ou institutions un projet documentaire sur leur évolution (portraits de salariés sur 5 ans, transformation d’un quartier). Dans ce cas, négociez une rémunération annuelle ou par étape.
Pour un portfolio, sélectionnez 6 à 12 images maximum de la série, présentées dans l’ordre chronologique. Ajoutez un texte d’intention court (100-150 mots) expliquant le concept, la durée du projet, la relation avec la personne et ce que vous cherchez à documenter. Utilisez un format de présentation simple : grille chronologique ou diaporama linéaire. Mentionnez la durée du projet dans le titre (« Sophie, 2018-2024 » ou « Portraits annuels, 9 ans »). Si le projet est en cours, indiquez « Série en cours depuis 2020 ». Ce type de projet démontre votre capacité à tenir un engagement long terme et à construire une narration visuelle, deux qualités très appréciées des éditeurs et galeries.
Conclusion : Lancez votre projet cette semaine
Photographier la même personne pendant des années n’est pas un projet pour après, pour quand vous aurez le temps, le bon matériel, la bonne idée.
C’est un projet pour maintenant.
Récapitulatif des 3 clés pour réussir :
1. Intention claire dès le début
Pourquoi cette personne ? Pour qui ce projet (vous, elle, le public) ? Quelle durée réaliste ? Quel rythme tenable ?
Répondre à ces questions avant la première photo vous évitera 80% des abandons.
2. Rituel simple, pas performance complexe
15-20 minutes, même lieu, même lumière, même focale. Notez tout dans un carnet. Créez un preset de retouche. Ritualisez.
La simplicité garantit la durabilité.
3. Sauvegarde solide dès la première image
3-2-1. Trois copies, deux supports, une hors site. Nommez vos fichiers avec une convention stricte.
Dans 20 ans, vous vous remercierez.
🎯 Votre mission cette semaine
Lancez un mini-projet de 3 séances sur les 3 prochains mois.
Choisissez une personne. Fixez une date. Première photo ce week-end.
Vous n’avez pas besoin de tout planifier pour 10 ans. Juste de commencer.
Le reste viendra naturellement.
💬 Racontez-moi en commentaire : Votre idée de série photo même personne, et depuis quand vous rêvez de la lancer.
Quelle est la personne que vous voulez photographier pendant des années ? Pourquoi elle ?
Je lirai chaque réponse et vous donnerai mon retour personnalisé.
Et si vous avez déjà commencé un tel projet — même s’il ne dure que depuis 6 mois — partagez votre retour d’expérience.
Qu’est-ce qui fonctionne ? Qu’est-ce qui coince ? On apprend tous les uns des autres.
📅 Article mis à jour le 15 novembre 2025

